Jardin 2 octobre : le cri du cœur des artisans face « à l’abandon » et aux difficultés du secteur

Entre objets de décoration, sculptures, tableaux d’art, des chaînes et bagues, ou autres œuvres illustrant les réalités de la société guinéenne et tenues confectionnées localement pour hommes et femmes, les artisans installés à l’intérieur du Jardin 2 octobre continuent de faire vivre un espace dédié à la promotion du savoir-faire guinéen et africain en général. Pourtant, derrière la richesse culturelle exposée quotidiennement sur ce site de Conakry, les artisans disent traverser une période particulièrement difficile.

Selon Mamy Camara, présidente des artisans du Jardin 2 octobre, le secteur traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire.

« Avant, notre commerce marchait. Les clients venaient, les produits se vendaient et les artisans vivaient de leur travail. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous avons beaucoup de marchandises en stock mais très peu de clients. Beaucoup de Guinéens ne connaissent pas la véritable valeur de l’art et son importance dans la préservation de notre identité culturelle », regrette-t-elle.

Pour cette responsable, l’artisanat ne représente pas seulement une activité commerciale. Il constitue également un moyen de transmettre des valeurs, de raconter l’histoire du pays et de sensibiliser la société à travers des œuvres qui reflètent les réalités du quotidien. 

Au-delà de la baisse des ventes, les artisans dénoncent surtout un manque d’accompagnement des autorités.

« Tous les artisans sont soutenus quelque part, sauf en Guinée. Nous finançons nous-mêmes nos déplacements à l’étranger. Quand il y a un problème, il n’y a aucune présence des autorités pour nous accompagner », affirme Mamy Camara.

Elle rappelle notamment la participation de la Guinée à l’Exposition universelle de Shanghai en 2010.

« Nous sommes allés à Shanghai en 2010. Sur 56 pays participants, dont seulement trois pays africains, la Guinée est arrivée première. Les autorités chinoises nous ont décorés et félicités. Elles nous ont même invités à revenir l’année suivante. Mais pour participer, nous avons investi toutes nos économies dans un conteneur de marchandises. À notre retour, notre contenu a été saisi. Deux conteneurs de quarante pieds, contenant plus de trois milliards de francs guinéens de marchandises, ont été bloqués. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons rien récupéré », explique-t-elle.

Les difficultés se sont poursuivies plusieurs années plus tard. « En 2025, nous avons encore pris le reste de nos économies pour participer à une foire au Japon. Malheureusement, ce fut un échec total pour l’artisanat. Pas seulement pour la Guinée, mais aussi pour plusieurs autres pays. Aujourd’hui, notre conteneur est revenu au Port autonome de Conakry depuis deux mois. Pour le récupérer, on nous demande de payer près de 400 millions de francs guinéens alors que nous n’avons plus rien », déplore la présidente des artisans.

Selon elle, les conséquences sont dramatiques pour plusieurs acteurs du secteur.

« Certains artisans ont contracté des prêts auprès des banques. Aujourd’hui, certains sont en prison pour non-remboursement, d’autres sont encore bloqués au Japon et ne peuvent pas rentrer à cause de leurs difficultés financières. »

Face à cette situation, les artisans lancent un appel au Président de la République afin qu’il s’implique davantage dans la relance du secteur.

« Nous demandons humblement au Président de nous aider. Il connaît notre présence ici au Jardin 2 octobre. Nous souhaitons être accompagnés lorsque nous participons aux foires internationales. Nous avons besoin d’un soutien dans les procédures de voyage, dans la promotion de nos produits et dans le développement de l’art guinéen. Aujourd’hui, l’art n’a plus la valeur qu’il mérite dans notre pays », plaide Mamy Camara.

Elle souligne également que de nombreuses opportunités échappent aux artisans guinéens faute de moyens financiers.

« Chaque année, il y a des foires internationales à travers le monde. Mais très souvent, la Guinée ne peut pas y participer faute de moyens et de soutien. Pourtant, ces événements constituent des vitrines importantes pour faire connaître notre savoir-faire et générer des revenus. »

Malgré les difficultés, les artisans saluent les efforts de certaines autorités locales.

Mamy Camara a notamment exprimé sa gratitude à l’endroit de Madame la Gouverneure de la ville de Conakry ainsi qu’à l’administrateur du site du Jardin 2 octobre pour leur disponibilité et leur accompagnement.

Entre espoir et inquiétude, les artisans du Jardin 2 octobre continuent de défendre un patrimoine culturel qui raconte l’histoire de la Guinée, ses traditions, ses valeurs et les réalités de sa société. Mais pour eux, sans une véritable politique de soutien et de promotion de l’artisanat, ce savoir-faire risque progressivement de perdre sa place dans le paysage économique et culturel national.

 

Gassime Fofana 

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