Un immeuble de cinq niveaux en construction s’est effondré dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 août 2026, aux environs de 2 heures du matin, dans le quartier Hafia 1, dans la commune de Dixinn. Le drame a fait au moins quatre morts. Neuf personnes ont également été extraites des décombres, selon le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mohamed Lamine Sy Savané, qui s’est rendu sur les lieux ce mardi matin.
Cet accident intervient alors que Conakry a connu, ces dernières semaines, d’autres cas d’effondrement, notamment à Demoudoula. Une succession de drames qui relance les interrogations sur les conditions dans lesquelles certains immeubles sont conçus, construits et contrôlés dans la capitale.
Étude du sol : une étape indispensable avant les travaux
« Les effondrements d’immeubles à Conakry doivent nous interpeller sur la manière dont certaines constructions sont conçues, réalisées et contrôlées. Avant toute construction d’un immeuble, surtout un bâtiment à plusieurs étages, une étude géotechnique sérieuse est indispensable. Elle permet de connaître la capacité du sol à supporter le poids de l’ouvrage et de déterminer les fondations adaptées », explique Étienne Saoromou, acteur dans le secteur immobilier.
La qualité des matériaux, un facteur déterminant
« Le ciment, le fer, le sable, le gravier et les autres matériaux doivent respecter les exigences techniques. Le dosage du béton, la quantité et le positionnement des armatures ainsi que la qualité des blocs sont essentiels à la solidité du bâtiment », souligne-t-il.
Respecter les plans et les normes de construction
Au-delà des matériaux, le respect des plans et des normes de construction reste essentiel. « Les fondations, poteaux, poutres, dalles et autres éléments porteurs doivent être dimensionnés en fonction du poids et de l’utilisation prévue du bâtiment », rappelle-t-il, tout en ajoutant que toute modification non prévue, notamment l’ajout d’étages ou la suppression d’éléments porteurs, peut compromettre la stabilité de l’ouvrage.
Un contrôle qui doit accompagner toute la construction
Pour M. Saoromou, le contrôle ne doit cependant pas intervenir uniquement au moment de la délivrance des autorisations. Il doit accompagner l’ensemble du processus de construction. « Une construction doit être suivie par des professionnels compétents : ingénieurs, architectes, techniciens et contrôleurs. Le contrôle doit se poursuivre pendant les différentes étapes de réalisation », insiste-t-il.
À qui revient la responsabilité ?
La question de la responsabilité se pose également après chaque drame. Pour Étienne Saoromou, la sécurité d’un bâtiment relève d’une responsabilité partagée entre plusieurs intervenants. « Le propriétaire, l’entrepreneur, les techniciens, les bureaux d’études et les autorités de contrôle ont chacun une responsabilité dans la sécurité d’un bâtiment », affirme-t-il.
Un renforcement du contrôle à Conakry
« Il est donc nécessaire de renforcer le contrôle des constructions à Conakry, avec des études de sol obligatoires, des plans validés par des professionnels qualifiés, un contrôle de la qualité des matériaux et des inspections régulières pendant les travaux », propose-t-il.
La construction, une question de sécurité publique
Pour lui, l’enjeu dépasse largement la seule question immobilière. « La construction d’un immeuble ne doit pas être considérée uniquement comme une opération financière. C’est avant tout une question de sécurité publique. Derrière chaque bâtiment se trouvent des vies humaines », rappelle-t-il.
Gassime Fofana
