Guinée : la CRIEF et le blason à redorer !

Au moment de sa création, la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) incarnait une promesse forte, celle de restaurer la rigueur dans la gestion des deniers publics et de lutter efficacement contre l’impunité des crimes économiques. Dans un contexte marqué par une exaspération croissante de la population face aux détournements présumés et à la corruption, l’institution avait suscité beaucoup d’attentes et d’espoir. Pour nombre de citoyens, elle devait marquer un tournant historique vers une gouvernance plus vertueuse.

Le nouveau procureur spécial près de la cour de la CRIEF n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler cet engouement initial, soulignant que « la peur des délinquants financiers avait atteint un paroxysme », au point que la simple existence de cette juridiction constituait déjà une forme de prévention.

En effet, dans ses premières heures, la CRIEF semblait envoyer un signal clair, celui de la fin de l’impunité et de l’avènement d’une justice plus ferme face aux crimes économiques et financiers.

Cependant, selon le nouveau procureur, cet élan n’a pas su se maintenir dans la durée.

Progressivement, un sentiment de relâchement s’est installé dans l’opinion publique. Comme l’a reconnu le procureur lui-même : « à un moment donné, personne n’avait plus peur de la CRIEF ». Une déclaration lourde de sens, qui met en lumière une perte de crédibilité de l’institution, voire un recul de son pouvoir dissuasif.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette évolution. D’une part, la lenteur de certaines procédures judiciaires et le manque de visibilité sur les résultats concrets ont pu alimenter la frustration. D’autre part, les soupçons de traitement sélectif ou d’instrumentalisation politique ont contribué à fragiliser la confiance du public.

Face à ce constat, le nouveau procureur semble vouloir insuffler une nouvelle dynamique. Son intervention, marquée par une lucidité assumée, traduit une volonté de rupture avec les pratiques ayant conduit à cette désaffection. En posant la question : « que s’est-il passé pour ramener le peuple à un sentiment de désespoir ? », il interpelle non seulement l’institution elle-même, mais également l’ensemble des acteurs du système judiciaire et de la gouvernance publique.

Désormais, l’enjeu est clair :  il s’agit de restaurer la confiance et de redonner à la CRIEF son rôle de rempart contre les crimes économiques et financiers. Cela passe nécessairement par des actions concrètes, visibles et équitables, capables de rassurer une population en quête de justice.

La transparence, la célérité dans le traitement des dossiers et l’impartialité devront constituer les piliers de cette nouvelle phase.

Mais au-delà des intentions affichées, la tâche s’annonce ardue. Dans un environnement où les intérêts en jeu sont considérables, et où les attentes citoyennes sont de plus en plus pressantes, le procureur devra faire preuve de courage, d’indépendance et de rigueur.

La question demeure alors, en filigrane de cette nouvelle ère annoncée : le procureur spécial actuel de la CRIEF parviendra-t-il à restaurer l’autorité et la crédibilité de l’institution, et à engager une lutte véritablement efficace contre les crimes économiques et financiers, là où tant d’espoirs ont déjà été déçus?

 

Gassime Fofana 

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