Les autorités guinéennes affichent leur volonté de renforcer davantage la transformation locale des ressources minières. Le président de la République, Mamadi Doumbouya, entend désormais orienter la politique minière du pays vers le raffinage local de l’or afin « de réduire les exportations de minerai brut et d’accroître la valeur ajoutée générée sur le territoire national. »
Selon les informations communiquées par la Présidence de la République, cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique et d’industrialisation visant à mieux valoriser les ressources naturelles du pays.
L’objectif est de permettre à la Guinée de capter une part plus importante des revenus issus de l’exploitation aurifère à travers le développement d’activités de transformation, de raffinage et de services associés.
Pour l’économiste Ousmane Soumah, cette ambition pourrait constituer un tournant important pour l’économie nationale si elle est menée à terme.
« Pendant plusieurs décennies, les pays africains ont essentiellement exporté leurs matières premières sans bénéficier pleinement de la valeur créée tout au long de la chaîne de production. Le raffinage local de l’or peut générer davantage de recettes fiscales, créer des emplois qualifiés, favoriser le transfert de technologies et renforcer les capacités industrielles nationales. »
Selon lui, cette stratégie pourrait également contribuer à améliorer la traçabilité de la production aurifère et à renforcer la position de la Guinée sur le marché international des métaux précieux.
Cependant, d’autres spécialistes appellent à la prudence quant aux défis que représente un tel projet.
L’économiste Ibrahima sory Diakité, estime que la transformation locale de l’or nécessite des préalables importants. « L’idée de raffiner l’or localement est pertinente sur le plan économique. Toutefois, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs structurels. Le raffinage est une activité fortement capitalistique qui exige des investissements importants, une énergie stable, des infrastructures modernes, des compétences techniques spécialisées ainsi qu’un environnement réglementaire attractif. »
L’enseignant souligne également que plusieurs pays producteurs de ressources naturelles ont rencontré des difficultés à développer localement certaines industries de transformation en raison des contraintes liées aux coûts de production et à la compétitivité internationale.
« La volonté politique est indispensable, mais elle doit être accompagnée d’une stratégie industrielle cohérente. Il faudra investir dans la formation, l’électricité, les infrastructures logistiques et la gouvernance du secteur minier afin que le raffinage local devienne économiquement viable et durable.»
En attendant de voir la suite, la question de la transformation locale des ressources minières occupe une place croissante dans les politiques économiques de plusieurs pays africains. Les gouvernements cherchent de plus en plus à développer des chaînes de valeur nationales afin de réduire leur dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Gassime Fofana
