ONU : une voix guinéenne qui veut changer le récit africain

À la tribune des Nations unies, le président guinéen, Mamadi Doumbouya, a choisi ce mercredi de ne plus plaider, mais d’affirmer. Son discours, prononcé pour l’occasion, repose sur une idée centrale, martelée avec une certaine force : l’Afrique ne doit plus être condamnée à reproduire des modèles conçus ailleurs, mais doit pouvoir bâtir ses propres trajectoires de développement, en fonction de son histoire, de ses réalités et de ses ambitions. La Guinée est présentée comme l’illustration de cette doctrine : nouvelle Constitution, processus électoral financé sur ressources nationales, infrastructures, transformation des ressources minières, projet Simandou, éducation et formation de la jeunesse. La force du propos tient précisément à cette volonté de passer du discours de dénonciation à celui de la démonstration, du réquisitoire contre les modèles extérieurs à la présentation d’une expérience nationale revendiquée comme laboratoire de souveraineté. Le ton est solennel, le message est lisible et l’ambition dépasse manifestement les frontières guinéennes : faire entendre, depuis New York, une conception du développement africain fondée sur la souveraineté, la transformation locale des richesses et un partenariat international présenté comme plus équilibré.

C’est sans doute là que se situe le véritable retentissement potentiel de cette intervention. Dans un contexte international où la question de la souveraineté des États africains, de la gouvernance et de la maîtrise de leurs ressources occupe une place croissante, le discours du président Mamadi Doumbouya entend déplacer le centre de gravité du débat : il ne s’agit plus seulement de demander au monde de comprendre l’Afrique, mais de lui rappeler que l’Afrique entend aussi définir elle-même les conditions de son avenir.

Ainsi, sur le plan diplomatique et symbolique, le discours possède une ambition certaine : installer la Guinée dans une conversation mondiale sur les nouveaux chemins du développement africain et faire de l’expérience nationale un argument en faveur d’un partenariat international fondé sur la souveraineté et la réciprocité. À l’ONU, le message est donc moins une demande qu’une proposition : regarder l’Afrique non plus seulement comme un espace auquel appliquer des modèles, mais comme un continent capable d’en concevoir et d’en expérimenter de nouveaux.

 

I. Camara

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