Ce 25 mai marque un nouvel anniversaire de l’Union africaine, une institution née de la volonté des États du continent de renforcer l’intégration africaine et de parler d’une seule voix sur les grandes questions internationales. Plus de vingt ans après sa création pour remplacer l’Organisation de l’Unité Africaine, l’organisation continentale continue d’incarner, pour de nombreux Africains, l’idéal d’une Afrique unie, stable et économiquement forte.
Mais derrière les discours diplomatiques et les grandes résolutions adoptées lors des sommets, le bilan de l’Union africaine reste contrasté.
Sur plusieurs dossiers, selon certains analystes, l’institution a réussi à impulser une dynamique continentale, notamment dans les domaines de la médiation politique, de l’intégration économique et de la coopération régionale.
Pour plusieurs économistes, comme Ousmane Soumah, enseignant, la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine constitue une initiative susceptible de transformer durablement les économies africaines, à condition que les infrastructures, les systèmes douaniers et les mécanismes de financement suivent effectivement.
Dans le domaine politique également, plusieurs acteurs estiment que l’organisation s’est progressivement imposée comme un acteur diplomatique dans la gestion de plusieurs crises africaines.
« Des missions de médiation ont été déployées dans certains pays confrontés à des tensions politiques ou sécuritaires. Toutefois, les résultats restent parfois limités face à la complexité des conflits et aux divergences entre États membres. Mais l’Union africaine a surtout permis de créer un cadre permanent de dialogue entre les États africains », souligne Ansoumane Condé, sociologue.
Il ajoute : « aujourd’hui, aucun grand dossier africain ne peut être abordé sans l’Union africaine. C’est déjà une évolution importante par rapport aux décennies précédentes. Mais le problème reste la capacité des États à appliquer collectivement les décisions prises ».
Selon lui, l’une des principales difficultés de l’institution demeure son manque d’autonomie financière et politique.
« Beaucoup de textes existent, beaucoup de stratégies sont élaborées, mais sur le terrain, les moyens restent insuffisants. Tant que plusieurs programmes dépendront fortement des partenaires extérieurs, l’Union africaine aura du mal à imposer totalement ses priorités », explique le sociologue.
Sur le plan sécuritaire, les défis restent également majeurs.
« Les questions sécuritaires continuent de peser sur l’action de l’organisation. Terrorisme, conflits armés, instabilité politique et coups d’État dans certaines régions mettent régulièrement à l’épreuve les mécanismes africains de prévention et de gestion des crises. À cela s’ajoutent les défis économiques et sociaux, notamment le chômage des jeunes, la pression démographique, le changement climatique, la sécurité alimentaire ou encore l’accès aux infrastructures de base. Des enjeux qui nécessitent une coopération continentale plus concrète et davantage tournée vers les réalités des populations », poursuit-il.
Malgré ces difficultés, l’Union africaine demeure un symbole fort du panafricanisme institutionnel.
Pour plusieurs observateurs, son avenir dépendra surtout de sa capacité à transformer les engagements politiques en résultats concrets sur le terrain.
À l’heure où le continent cherche à renforcer sa souveraineté économique et sa place dans les grands équilibres mondiaux, certains spécialistes estiment que l’organisation est désormais engagée dans une course contre le temps, c’est-à-dire convaincre les populations africaines que l’intégration régionale peut produire des effets visibles et durables dans leur quotidien.
Gassime Fofana
