La fin des sachets plastiques était présentée comme une nécessité environnementale. Mais depuis leur interdiction, une autre question s’impose dans le quotidien des ménages : comment continuer à accéder à une eau potable abordable lorsque le réseau de distribution ne répond pas partout aux besoins ?
Sur le principe, l’objectif environnemental est difficile à dissocier des enjeux d’assainissement auxquels le pays est confronté. Mais dans les quartiers où l’eau courante reste irrégulière, voire absente pendant de longues périodes selon des témoignages de citoyens, la disparition du sachet fait émerger une préoccupation très concrète : l’accès à l’eau potable risque-t-il de devenir plus coûteux pour les ménages les plus modestes ?
Du sachet à la bouteille : le changement de contenant, mais pas forcément de problème
Dans plusieurs points de vente, des consommateurs rapportent que les petites bouteilles d’eau, notamment celles de faible contenance, sont désormais proposées à des prix pouvant atteindre 2 000(350ml), voire 3000(500ml) francs guinéens voir plus.
Ces prix ont également été rapportés par des médias locaux après l’entrée en vigueur de l’interdiction. Certains consommateurs estiment ainsi que le coût quotidien de l’eau devient difficilement supportable pour les personnes disposant de revenus modestes. Le problème ne se résume donc plus au plastique. Il touche directement au pouvoir d’achat et à l’accès à un bien essentiel.
Pour une personne qui doit acheter plusieurs bouteilles au cours d’une journée, la facture peut rapidement devenir importante. Et pour une famille, le calcul devient encore plus lourd. La question est alors simple : peut-on demander aux ménages de remplacer un produit devenu inaccessible par un autre produit plus cher, sans résoudre parallèlement les difficultés d’approvisionnement en eau potable ?
Lorsque l’eau du réseau manque, quelles alternatives ?
C’est ici que la problématique devient plus profonde. Dans certains quartiers de Conakry, des habitants disent dépendre de forages, de puits ou de réserves constituées dans des cuves et autres réservoirs domestiques lorsque l’eau du réseau n’est pas disponible.
Or, disposer d’un forage ne signifie pas automatiquement disposer d’une eau potable.
« Une étude consacrée aux eaux de forage dans la commune de Ratoma rappelle justement que l’intensification des forages dans les zones urbaines pose la question de leur qualité et souligne la nécessité d’évaluer leurs paramètres physicochimiques et microbiologiques. »
C’est donc un deuxième problème qui apparaît : quelle garantie sanitaire accompagne l’eau consommée lorsqu’elle provient d’un forage privé, d’un puits ou d’une cuve dont l’entretien et la qualité ne sont pas régulièrement contrôlés ?
La cuve d’eau, le risque invisible
Dans de nombreuses concessions, les cuves servent à stocker l’eau pendant les périodes de pénurie. Mais un réservoir mal entretenu peut devenir un maillon faible dans la chaîne de potabilité.
Une eau initialement acceptable peut voir sa qualité se dégrader au cours du stockage si les conditions d’entretien, de fermeture, de nettoyage et de manipulation ne sont pas maîtrisées.
« Lorsqu’une eau est stockée pendant plusieurs jours dans une cuve qui n’est pas régulièrement nettoyée ou correctement protégée, il peut y avoir une contamination. Selon la nature de cette contamination, la consommation de cette eau peut exposer les populations à des problèmes digestifs, notamment des diarrhées, des vomissements ou certaines infections. Il est donc important que les réservoirs soient régulièrement nettoyés et que la qualité de l’eau destinée à la consommation soit contrôlée», soutient le médecin Antoine Haba.
Protéger l’environnement sans fragiliser l’accès à l’eau
Le véritable enjeu est peut-être là. L’interdiction des sachets plastiques ne devrait pas être analysée uniquement sous l’angle du plastique. Elle oblige aussi à réfléchir à l’ensemble de la chaîne : production d’eau potable, distribution, stockage, conditionnement, prix et contrôle sanitaire.
Une urgence : penser l’après-sachet
Le débat ne devrait donc pas opposer simplement les défenseurs de l’environnement aux consommateurs habitués aux sachets d’eau. Il devrait plutôt poser une question de politique publique : quelle alternative durable, abordable et sanitairement sûre pour les populations qui n’ont pas accès de manière régulière à l’eau potable du réseau ?
Des fontaines publiques, des points de distribution contrôlés, des contenants réutilisables, le renforcement du réseau d’eau potable, le contrôle régulier des forages et la sensibilisation à l’entretien des réservoirs pourraient faire partie des réponses.
L’interdiction des sachets plastiques peut réduire une source de pollution. Mais si elle n’est pas accompagnée d’une amélioration de l’accès à l’eau potable et d’alternatives économiquement accessibles, elle risque de déplacer une partie du problème notamment du sol et des caniveaux vers le portefeuille des ménages, et potentiellement vers les questions de qualité de l’eau consommée.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment débarrasser la Guinée des sachets plastiques. Elle est aussi de savoir comment garantir que chaque citoyen puisse boire une eau potable, sûre et abordable.
Gassime Fofana
