Alors que l’intelligence artificielle bouleverse progressivement le monde du travail, la Guinée n’échappe pas à cette transformation. Entre craintes de disparition de certains emplois et émergence de nouveaux métiers, le pays doit surtout se préparer à cette révolution technologique. Pour certains acteurs de développement, l’enjeu est désormais d’adapter la formation, l’éducation et les compétences de la jeunesse afin de faire de l’IA un levier plutôt qu’une menace pour l’emploi.
Une transformation inévitable du monde du travail
« À mon humble avis, l’intelligence artificielle représente à la fois une opportunité et un défi pour les emplois en Guinée. Il serait donc difficile de la considérer uniquement comme une menace», indique Souleymane Soumah, enseignant-chercheur et chef du département Génie électrique de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry
Sur la transformation des métiers, il poursuit :
« En tant qu’enseignant-chercheur, je pense que l’IA va certainement transformer notre manière de travailler. Certaines tâches répétitives ou automatisables pourront progressivement être prises en charge par des outils d’intelligence artificielle. Cela peut naturellement susciter des inquiétudes, notamment chez les jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Mais parallèlement, l’IA va également faire émerger de nouveaux métiers, de nouvelles compétences et de nouvelles opportunités », dit-il.
Se préparer plutôt que chercher à empêcher l’IA
Pour cet ingénieur, l’enjeu n’est donc pas de chercher à empêcher l’arrivée de l’intelligence artificielle, car cette transformation est déjà en cours. Cela c’est dans tout le monde entier, partout. Donc notre véritable enjeu est de nous y préparer. Cela passe par la formation, la reconversion professionnelle et surtout par l’adaptation de notre système éducatif aux nouvelles exigences technologiques. »
L’université au cœur de l’adaptation
Ce cadre de l’université de Conakry insiste également sur la responsabilité des établissements d’enseignement supérieur dans cette transition. « L’université a, à ce niveau, une responsabilité particulière. Nous devons former des jeunes capables non seulement d’utiliser l’IA, mais aussi de comprendre ses limites, de vérifier les informations qu’elle produit et de l’utiliser de manière responsable et éthique. Il ne s’agit pas de former des jeunes qui seront en compétition avec l’intelligence artificielle, mais des professionnels capables de travailler avec elle et de l’utiliser intelligemment», a déclaré Souleymane Soumah.
Une opportunité pour plusieurs secteurs
Au-delà de l’emploi, l’enseignant-chercheur voit dans l’intelligence artificielle un outil pouvant contribuer au développement de plusieurs secteurs en Guinée. « Je vois également dans l’IA une formidable opportunité pour la Guinée. Elle peut contribuer à améliorer l’éducation, la recherche, l’agriculture, la santé, l’énergie, les services publics, mais aussi favoriser l’entrepreneuriat et la création de nouvelles entreprises», a-t-il souligné.
De nouvelles opportunités pour la jeunesse
La maîtrise de l’intelligence artificielle pourrait également ouvrir aux jeunes Guinéens les portes du marché international. « Un jeune Guinéen qui maîtrise cette technologie peut non seulement répondre à des besoins locaux, mais également proposer ses compétences à l’international. »
« L’IA ne va pas nécessairement supprimer le travail »
Au terme de son analyse, M. Souleymane Soumah, estime que le véritable enjeu réside dans la capacité du pays à anticiper et accompagner cette transformation technologique.
« Je dirais pour finir que l’intelligence artificielle ne va pas nécessairement supprimer le travail, elle va surtout transformer la manière dont nous travaillons. La véritable menace serait peut-être moins l’IA elle-même que notre incapacité à nous préparer à cette transformation. Si nous investissons dans l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation, je suis convaincu que la Guinée peut faire de l’intelligence artificielle non pas une menace, mais un véritable levier de développement, de compétitivité et de création d’opportunités pour notre jeunesse », conclut-il.
Gassime Fofana
