Guinée / Agriculture : un secteur en mouvement, mais un long chemin à parcourir

Face aux défis de sécurité alimentaire et dans le cadre de la modernisation du secteur agricole en Guinée,  le Ministère de l’Agriculture a dressé ce mardi 25 novembre 2025 un bilan des 100 premiers jours de son action. La rencontre, qui a réuni plusieurs ministres et partenaires techniques, a mis en lumière à la fois les progrès réalisés et les enjeux restant à relever pour faire de l’agriculture guinéenne un moteur de développement durable.

La ministre Mariama Ciré Sylla a rappelé les atouts naturels de l’économie verte de la Guinée : près de 14 millions d’hectares arables, une pluviométrie abondante, plus de 1 300 cours d’eau, autant de potentialités  favorables à une agriculture prospère. Toutefois, elle a souligné les défis persistant comme la faible mécanisation, difficultés d’accès aux intrants, manque de transformation locale, financement limité et effets du changement climatique.   Parmi les progrès notables réalisés en seulement trois mois :

– 10 000 hectares aménagés, dépassant l’objectif initial de 7 000 ;

– Distribution d’équipements et crédits sans intérêts aux producteurs ;

– Réduction des importations de riz grâce à la production locale ;

– Relance de la SOGUIPAH et restructuration de la Société Cotonnière de Kankan ;

– Digitalisation accrue : cartographie des projets, portail statistique et systèmes d’information renforcés ;

– Mise à disposition de 350 équipements motorisés, dont plus de 50 moissonneuses-batteuses.  

La ministre a également annoncé la finalisation d’une politique foncière agricole, la création d’un guichet unique pour les producteurs et la mise en place d’une Delivery Unit chargée d’accélérer la mise en œuvre des projets.  

 « De bonnes bases, mais il faut aller beaucoup plus loin. »

 Pour Abdoulaye Bangoura, spécialiste en politiques agricoles, ces avancées sont encourageantes mais insuffisantes pour assurer l’autosuffisance alimentaire.  « Les actions menées posent des fondations importantes, mais la Guinée ne pourra assurer son autosuffisance que si elle industrialise réellement son agriculture. L’enjeu n’est plus seulement de produire, mais de transformer, stocker et distribuer efficacement ». Selon lui, trois conditions sont indispensables « pour concrétiser cela, il faut une mécanisation massive et continue. C’est-à-dire, il faut multiplier par trois ou quatre le niveau de mécanisation pour réduire la dépendance aux importations. Ensuite, il faut une réforme foncière appliquée et protectrice, car  tant que les agriculteurs n’auront pas de garanties foncières stables, ils n’investiront pas dans la modernisation de leurs exploitations », dit-il avant d’ajouter : «  le gouvernement doit aller vers une véritable industrialisation des produits locaux. Produire sans transformer, c’est rester dépendant des marchés extérieurs. La transformation est la clé de la souveraineté alimentaire ».  

Un secteur en mouvement, mais un long chemin à parcourir

« Atteindre l’autosuffisance alimentaire nécessitera une vision à long terme, une mobilisation financière importante et une industrialisation accélérée du secteur », conclut-il.

 

Gassime Fofana

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