Le 27 octobre 2026 pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire du football guinéen. En portant Mamady Doumbouya à la présidence de la Fédération guinéenne de football, avec 21 voix contre 18 pour Antonio Souaré et 13 pour Ibrahima Kalil Kaba, les membres statutaires ont ouvert un nouveau chapitre après des années de turbulences, de rivalités intestines et d’instabilité institutionnelle. Des crises de gouvernance à la mise en place d’un comité de normalisation, en passant par les changements successifs à la tête de l’instance, le football guinéen a trop longtemps été prisonnier de ses querelles de leadership, au détriment de ses ambitions sportives.
Mais une élection, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à effacer les fractures ni à restaurer la confiance. Avec un scrutin serré, le nouveau président ne dispose pas d’un blanc-seing : il hérite d’une fédération fragilisée, d’une famille sportive divisée et d’un public lassé des promesses sans lendemain. Son premier défi sera donc politique et institutionnel : réconcilier les acteurs, dépasser les clivages électoraux et instaurer une gouvernance fondée sur la transparence, la rigueur et la redevabilité. L’heure n’est plus aux règlements de comptes, mais à la reconstruction. Car le véritable vainqueur de cette élection doit être le football guinéen, à condition que le nouveau comité exécutif transforme son discours de rassemblement en une volonté réelle de servir l’intérêt général.
Le chantier qui attend Mamady Doumbouya et son équipe est immense, mais nullement insurmontable. La priorité sera de remettre de l’ordre dans la gestion fédérale, de faire la lumière sur le fonctionnement de l’institution et d’assurer une utilisation transparente des ressources. La publication régulière des comptes, une répartition équitable des subventions et un accompagnement concret des clubs doivent devenir des exigences incontournables, et non de simples arguments de campagne.
Sur le terrain, la relance du championnat national, l’amélioration des infrastructures, la formation des jeunes, la professionnalisation des clubs, le développement du football féminin et le renforcement des compétitions locales constituent autant de leviers pour bâtir un football durable. À cela s’ajoute un impératif majeur : redonner au Syli National les moyens de ses ambitions et replacer la Guinée dans le cercle des nations qui comptent sur le continent.
L’ambition d’accueillir un jour la Coupe d’Afrique des nations ne pourra, elle aussi, se concrétiser sans une planification sérieuse, des équipements adaptés et une mobilisation de l’État, du secteur privé et des partenaires du football. Le nouveau président a annoncé un premier bilan après cent jours : cette échéance devra être le premier test de sa crédibilité. Mamady Doumbouya a désormais l’occasion de faire mentir le scepticisme et de démontrer qu’un changement de dirigeant peut aussi signifier un changement de méthode.
Le football guinéen n’a plus besoin de promesses spectaculaires ni de guerres de clans ; il a besoin de résultats, de stabilité et d’une vision. L’élection est acquise, la confiance reste à gagner et l’histoire jugera cette nouvelle équipe à l’aune de ses actes.
I. Camara
