Économie : pourquoi la Guinée préfère son franc ?

À l’approche du lancement de l’Éco, la future monnaie commune de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), prévu en 2027, la Guinée réaffirme son choix de conserver le franc guinéen (GNF). Le président de la République, Mamadi Doumbouya, estime que cette orientation répond aux intérêts économiques du pays.
Selon le porte-parole du Gouvernement, Faya François Bourouno, cette position a été réaffirmée par le chef de l’État lors du dernier sommet de la CEDEAO tenu à Freetown. Le ministre a rapporté les propos du président à l’issue du Conseil des ministres du jeudi 30 juillet. « Le chef de l’État a rappelé que la Guinée bat sa propre monnaie depuis plus de 65 ans avec une maîtrise rigoureuse de sa politique monétaire pour le bien-être du peuple de Guinée », a souligné le ministre dans son compte rendu, avant d’ajouter : « la République de Guinée reste attachée à sa souveraineté économique pour continuer à décider de son avenir économique à travers le franc guinéen qui constitue l’élément essentiel d’expression de cette souveraineté et qui est au cœur de sa stratégie de développement économique », a expliqué Faya François Bourouno, citant les propos du président Mamadi Doumbouya.

Des économistes partagés

Pour certains économistes, le maintien du franc guinéen constitue un choix économiquement cohérent. C’est notamment l’avis du professeur d’économie Ibrahima Kalil Sacko. « Une monnaie nationale permet à un État de conserver le contrôle de sa politique monétaire. En cas de choc économique, la Banque centrale peut ajuster les taux d’intérêt, intervenir sur le marché des changes ou agir sur la masse monétaire en fonction des réalités nationales. Cette flexibilité est un avantage majeur que perdent les pays intégrés dans une union monétaire. »

Selon lui, l’expérience internationale montre que les pays disposant d’une banque centrale indépendante sont davantage en mesure d’adapter leurs réponses aux crises lorsque leurs économies présentent des caractéristiques différentes de celles de leurs voisins. « La Guinée possède une économie largement portée par le secteur minier, notamment la bauxite et l’or. Les cycles économiques du pays ne sont pas forcément identiques à ceux des autres États de la CEDEAO. Conserver le franc guinéen permet donc d’adopter des politiques adaptées aux besoins spécifiques de l’économie nationale et de préserver un symbole fort de souveraineté », soutient-il.

L’Éco, une opportunité, selon d’autres analystes 

À l’inverse, l’économiste Ousmane Soumah estime que rester en dehors de la future monnaie commune pourrait priver la Guinée de plusieurs avantages économiques. « Les unions monétaires offrent plusieurs avantages lorsqu’elles sont accompagnées d’une discipline budgétaire et d’une convergence économique. Une monnaie commune réduit les coûts de conversion, facilite les investissements, stimule les échanges commerciaux et améliore la circulation des capitaux entre les pays membres », affirme-t-il.

Selon lui, la CEDEAO représente un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs et une monnaie unique pourrait renforcer la compétitivité des entreprises de la région.

« Si l’Éco est correctement mis en œuvre, les entreprises guinéennes pourraient commercer plus facilement avec leurs partenaires régionaux sans supporter les risques liés aux fluctuations des taux de change. Cela pourrait attirer davantage d’investissements étrangers, favoriser la croissance du commerce intra-africain et accélérer l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Rester durablement en dehors de cette dynamique pourrait limiter certains bénéfices économiques à long terme », a déclaré l’économiste.

Au final, le débat ne se résume pas à une opposition entre le franc guinéen et l’Éco. Il pose une question plus fondamentale : la Guinée pourra-t-elle transformer sa souveraineté monétaire en véritable instrument de développement ? La réponse dépendra moins de la monnaie elle-même que de la qualité des politiques économiques, de la diversification de l’économie et de la capacité du pays à consolider les fondamentaux macroéconomiques. C’est sur ce terrain que se jouera, à long terme, la pertinence du choix guinéen.

 

Gassime Fofana 

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