Conakry sous les ordures : les causes d’une crise persistante

Un constat s’impose avec une évidence presque dérangeante : à Conakry, la gestion des déchets reste un défi majeur, au croisement de comportements individuels, de limites institutionnelles et d’un système de gouvernance encore perfectible.
Dans des caniveaux à ciel ouvert, des bouteilles plastiques, des sachets et divers détritus s’accumulent, obstruant la circulation des eaux usées. Ailleurs, et partout dans la capitale,  en bordure de route, dans les quartiers,  des amas d’ordures ménagères côtoient les activités quotidiennes,  commerce, transport, vie de quartier. Ces scènes, loin d’être isolées, traduisent une réalité urbaine plus large.

Un incivisme qui aggrave la situation

De nombreux observateurs pointent du doigt des comportements citoyens inadaptés.
 « Même lorsque des dispositifs de collecte existent, une part importante du problème réside d’abord dans le manque de civisme. L’insalubrité observée ne peut être uniquement attribuée aux insuffisances du système, mais elle est aussi le reflet de comportements quotidiens qui contribuent directement à la dégradation de l’espace public. Déposer des ordures dans les caniveaux, sur la chaussée ou à des endroits non autorisés traduit une faible appropriation des règles de vie collective chez beaucoup d’individus », regrette Ansoumane Condé,  Sociologue.  Pourtant, dit-il, les citoyens ne sont pas seulement des usagers du service de gestion des déchets,  ils en sont également des acteurs essentiels. « Par des gestes simples, comme utiliser les points de collecte, éviter les dépôts anarchiques, sensibiliser son entourage chacun peut participer à l’amélioration du cadre de vie. »
Pour lui, l’enjeu est donc aussi citoyen notamment faire évoluer les mentalités pour que la propreté ne soit plus perçue comme la seule responsabilité des autorités, mais comme une obligation partagée, au cœur du vivre-ensemble dans une capitale comme Conakry.

Des limites structurelles et institutionnelles

Mais au-delà des comportements individuels, ces images révèlent également les failles du système de gestion des déchets. Plusieurs acteurs, comme le professeur Ibrahima Kalil Sacko,  évoquent une insuffisance des infrastructures de collecte et de traitement, une irrégularité dans le ramassage des ordures et un manque de coordination entre les services municipaux, les entreprises privées et les structures communautaires
 « Fort de mon expérience acquise lors d’une formation sur la gestion des déchets, j’estime que la situation en Guinée s’explique en grande partie par un défaut de continuité dans l’organisation du système. La chaîne de gestion apparaît fragmentée, avec une répartition des responsabilités souvent peu lisible entre l’État central, les collectivités locales et les opérateurs, ce qui limite l’efficacité des interventions. »
 
Des témoignages qui interpellent !
 
Un agent de collecte rencontré au lieu de dépôt des déchets à Donka, sur l’autoroute, évoque des conditions de travail difficiles, avec des moyens logistiques limités et des zones difficiles d’accès.
Alpha Yattara, chauffeur de taxi sur l’autoroute, accuse l’absence de poubelles publiques adaptées. Ce qui pousse, dit-il, les usagers à déposer leurs déchets à même le sol.
Ces différentes voix convergent vers une idée centrale : la problématique de l’insalubrité ne relève pas d’un seul acteur, mais d’un système où les responsabilités sont partagées… parfois mal définies.

Une gouvernance à clarifier !

La situation met en lumière une question essentielle : qui est véritablement responsable de la propreté urbaine ?
Entre politiques publiques, gestion municipale et implication citoyenne, la chaîne décisionnelle semble souffrir d’un manque de lisibilité. Cette confusion peut entraîner des défaillances dans l’exécution et le suivi des actions.

Quelles pistes de solutions ?

Pour le professeur, il faut d’abord commencer par le Renforcement continu et constant de la sensibilisation citoyenne, ensuite, mettre en place des campagnes continues d’éducation à l’environnement pour encourager des comportements responsables avant d’ajouter : « du côté infrastructurel, il faut procéder à une  amélioration des infrastructures, une multiplication des points de collecte accessibles, moderniser les équipements et assurer un ramassage régulier et définir clairement les rôles entre l’État, les communes et les opérateurs privés, avec des mécanismes de suivi et d’évaluation. Tout en appliquant des mesures dissuasives contre les dépôts anarchiques et en valorisant les bonnes pratiques. Mais l’essentiel aussi réside dans la réglementation des constructions de maisons, pour les adapter aux normes qui tiennent compte des principes environnementaux ».
 
Par ailleurs,  il faut souligner que l’insalubrité à Conakry apparaît comme le reflet d’un déséquilibre entre urbanisation rapide, gouvernance encore fragile et pratiques citoyennes à réajuster. Si les défis sont importants, ils ne sont pas insurmontables, à condition d’une action coordonnée et durable entre tous les acteurs concernés.

 

Gassime Fofana 

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