La tempête qui secoue la FIFA dépasse largement la question d’un projet d’investissement privé. En quelques jours, l’instance mondiale du football a donné à voir ce que ses dirigeants auraient sans doute préféré garder hors champ : une organisation tentée par une puissance financière toujours plus grande, mais rattrapée par les exigences de transparence et de gouvernance. Le projet de société commerciale, qui aurait permis de faire entrer des capitaux privés dans une partie de l’exploitation des droits de la FIFA, a été abandonné après une levée de boucliers. Puis, au Maroc, l’instance a reconnu des « erreurs » et présenté ses excuses à ses membres. Ce double épisode est révélateur : le problème n’est pas seulement de savoir combien vaut la marque FIFA, mais de savoir jusqu’où son président peut aller pour accroître sa puissance financière sans fragiliser le pacte de confiance qui lie l’organisation à ses fédérations. À force de vouloir transformer le football en empire commercial, la FIFA prend le risque de donner l’image d’une institution où la logique du rendement précède celle de la concertation.
Pour Gianni Infantino, le coup est particulièrement rude. Le président de la FIFA avait fait de la modernisation économique de l’institution l’un des marqueurs de son règne. Mais cette crise renvoie désormais une autre image : celle d’un dirigeant dont l’ambition se heurte aux limites politiques de son propre pouvoir. Les excuses prononcées au Maroc ont permis d’éteindre momentanément l’incendie, pas de dissiper les interrogations. Car lorsqu’une institution aussi puissante doit reconnaître publiquement ses erreurs après avoir voulu faire entrer des intérêts privés dans son modèle économique, c’est sa crédibilité qui se retrouve en jeu. Infantino peut encore compter sur de solides soutiens, mais son image sort incontestablement écornée de cette séquence. Le football mondial n’attend pas seulement de la FIFA qu’elle génère toujours plus d’argent : il lui demande de montrer que cet argent reste au service du football, et non que le football devienne le moyen de servir une ambition de puissance.
I. Camara
