La Guinée pourrait devenir en 2026 l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Ouest. Dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2026, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 8,7 % pour le pays, un niveau supérieur à celui du Bénin (7,0 %), du Niger (6,7 %) et de la Côte d’Ivoire (6,2 %). Cette performance dépasserait largement la moyenne attendue des pays de la CEDEAO, estimée à 4,5 %.
Selon l’Agence guinéenne de développement, ces prévisions traduisent les effets des réformes économiques engagées ces dernières années. L’institution met en avant plusieurs facteurs, notamment le démarrage progressif du mégaprojet minier de Simandou, la solidité des exportations minières, l’amélioration du cadre macroéconomique et une inflation relativement maîtrisée autour de 4 %. Une croissance jugée crédible par certains experts. « L’entrée en production progressive de Simandou constitue un outil économique exceptionnel. Le projet mobilise plusieurs milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques, créant un effet d’entraînement sur le BTP, les services, les transports et l’emploi. À cela s’ajoute une demande mondiale toujours soutenue en minerai de fer de haute qualité, indispensable à la production d’acier moins émetteur de carbone sont les caractéristiques de ce résultat », affirme Ousmane Soumah économiste avant d’ajouter : « la stabilité relative des indicateurs macroéconomiques, notamment une inflation contenue et une meilleure mobilisation des recettes publiques, renforce la crédibilité des projections du FMI »
D’autres économistes restent, par contre, beaucoup plus prudents. « Une forte croissance du PIB ne signifie pas automatiquement une amélioration du niveau de vie de la population. L’économie guinéenne demeure fortement dépendante du secteur minier, qui représente une part importante des exportations mais génère relativement peu d’emplois directs comparativement à l’agriculture ou à l’industrie manufacturière », soutient Ibrahima Kalil Sacko, professeur d’économie.
Poursuivant, Il souligne également plusieurs fragilités structurelles : « un déficit important en infrastructures hors du secteur minier, un tissu industriel encore limité, un accès difficile à l’électricité pour de nombreuses entreprises, une forte proportion d’emplois informels et des défis persistants dans les secteurs de l’éducation et de la santé. À cela s’ajoutent les risques liés à la volatilité des cours mondiaux des matières premières, et la non maîtrise des termes de l’échange », a-t-il déclaré.
Pour lui, tant que la croissance ne sera pas davantage portée par la transformation locale des ressources, la diversification industrielle, l’agriculture et les PME, elle restera vulnérable aux chocs extérieurs et pourrait ne pas produire les effets sociaux attendus.
Gassime Fofana
