Guinée : le piège du tout-routier !

La Guinée continue de reposer presque exclusivement sur le transport routier pour assurer la mobilité des personnes et des marchandises. Qu’il s’agisse de relier Conakry aux régions de l’intérieur, de transporter des produits agricoles, d’acheminer des matériaux de construction ou d’assurer les déplacements quotidiens des populations, la route demeure, dans la quasi-totalité des cas, la seule alternative. Cette dépendance constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement économique et social du pays.

Diversification des modes de déplacement, moteur de développement de certains pays

Dans les grandes économies comme dans plusieurs pays africains engagés dans une dynamique de modernisation, le développement repose sur un système de transport multimodal. Le rail, la route, les voies maritimes et le transport aérien se complètent afin d’améliorer la mobilité, de réduire les coûts logistiques et de renforcer la compétitivité.

Mono transport dans le pays !

En Guinée, cette complémentarité reste largement absente. Le constat est sans appel. Le transport ferroviaire demeure essentiellement limité aux lignes minières, conçues pour l’évacuation de la bauxite et d’autres minerais. En dehors de ces infrastructures à vocation industrielle, le pays ne dispose pratiquement pas d’un réseau ferroviaire destiné au transport des voyageurs ou au fret national. Les trains interurbains, qui permettent ailleurs de désengorger les routes et de relier rapidement les grandes villes, sont inexistants. Les réseaux ferroviaires urbains, comme les métros ou les trains de banlieue, capables de fluidifier les déplacements dans les grandes agglomérations, ne font toujours pas partie du paysage des transports guinéens.

Conséquences de cette situation et transports encore sous exploités

Cette absence a un coût considérable. Chaque jour, des milliers de véhicules convergent vers Conakry, provoquant des embouteillages chroniques qui ralentissent l’activité économique. Les travailleurs passent plusieurs heures dans les bouchons, les entreprises supportent des coûts logistiques élevés, tandis que les services d’urgence peinent parfois à intervenir rapidement. Cette congestion se traduit également par une consommation excessive de carburant, une hausse de la pollution et une perte importante de productivité.

Le tout-routier expose également le pays à une forte insécurité routière. Les accidents graves continuent de se multiplier sur les axes nationaux, avec des bilans humains souvent lourds. Si le risque zéro n’existe dans aucun mode de transport, les statistiques internationales montrent que le transport ferroviaire demeure l’un des moyens de déplacement les plus sûrs, avec un taux d’accidents mortels bien inférieur à celui du transport routier. Le développement d’un réseau ferroviaire moderne permettrait non seulement de réduire la pression sur les routes, mais aussi de limiter les risques liés aux longs trajets par autobus ou camions.

Le transport maritime, lui aussi, reste largement sous-exploité. Pourtant, la Guinée dispose d’un littoral d’environ 300 kilomètres et d’un important réseau hydrographique. Les liaisons maritimes et fluviales pourraient jouer un rôle majeur dans le transport des passagers et des marchandises, notamment entre les localités côtières et certains centres économiques. Dans de nombreux pays, ces voies constituent une solution efficace pour désengorger les routes et réduire les coûts de transport.

Le secteur aérien présente également des insuffisances. Si l’aéroport international de Conakry assure les principales liaisons internationales, les dessertes domestiques demeurent limitées. Les déplacements entre les régions reposent presque exclusivement sur le réseau routier, malgré les longues distances qui séparent certaines préfectures de la capitale. Un réseau de transport aérien intérieur plus développé contribuerait à renforcer les échanges économiques, le tourisme, les services administratifs et l’accès rapide aux zones les plus éloignées.

Transport, vaisseau sanguin de économie

L’enjeu dépasse la simple question de la mobilité. Le transport constitue un levier stratégique de développement. Un pays qui dépend d’un seul mode de transport s’expose à des coûts élevés, à une faible résilience face aux crises et à un ralentissement de ses activités économiques. À l’inverse, la diversification des infrastructures favorise les investissements, améliore la circulation des biens et des personnes et renforce l’attractivité du territoire.

Potentiel de transport du pays

La Guinée dispose pourtant d’atouts importants : une façade maritime, un potentiel ferroviaire déjà amorcé par les infrastructures minières et une position géographique favorable au développement d’un réseau régional de transport. L’enjeu consiste désormais à transformer ces atouts en infrastructures au service de l’ensemble de la population et non des seuls secteurs extractifs.
L’avenir des transports en Guinée ne peut plus être pensé uniquement à travers la construction de nouvelles routes. Il doit intégrer une vision multimodale où le rail, la route, les voies maritimes et le transport aérien fonctionnent de manière complémentaire. Cette transition exige des investissements importants, une planification à long terme et une volonté politique constante.

Car le véritable défi n’est plus seulement de construire davantage de routes. Il est de construire un système de transport capable d’accompagner la croissance démographique, de soutenir l’industrialisation, de réduire les inégalités territoriales et d’accélérer durablement le développement économique et social du pays. Tant que la Guinée restera prisonnière du tout-routier, elle continuera de supporter les coûts d’un modèle qui montre chaque jour davantage ses limites.

 

Gassime Fofana 

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