08 mars en Guinée : la femme réellement célébrée ou simplement évoquée ?  

Chaque année, le 8 mars est célébré en Guinée à travers des cérémonies officielles, des défilés, des conférences et des activités culturelles. Mais derrière l’effervescence de cette journée dédiée aux droits des femmes, une question persiste : la femme guinéenne est-elle réellement célébrée dans sa dignité et ses droits, ou cette commémoration reste-t-elle essentiellement symbolique ? Entre discours institutionnels, initiatives d’autonomisation et réalités sociales parfois difficiles, la réflexion mérite d’être posée.

Un 8 mars marqué par des initiatives, mais aussi par des interrogations! 

 

Célébré dans le monde entier comme la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars est également marqué chaque année en Guinée par diverses manifestations. Des cérémonies officielles sont organisées, des discours prononcés et des activités culturelles ou économiques sont mises en avant.

Pour Aissatou Ramadan Bah, scénariste, il faut reconnaître que certaines initiatives existent.

« Des programmes d’autonomisation économique sont mis en place, des débats sont organisés et certaines femmes bénéficient d’appuis dans les domaines du commerce, de l’agriculture ou de l’entrepreneuriat. Sur ce plan, le 8 mars sert de tribune pour rappeler l’importance de l’égalité et de la promotion des droits des femmes », dit-elle avant d’ajouter que ces activités contribuent, dans une certaine mesure, à attirer l’attention sur les enjeux liés à la condition féminine et à promouvoir l’engagement en faveur de l’égalité.

Une célébration parfois réduite à une fête

Cependant, la scénariste estime que la portée réelle de cette journée reste limitée dans la pratique.  « Je dirais que la femme n’est pas célébrée, car dans la réalité sociale en Guinée, cette journée est parfois réduite à une simple fête. Les pagnes du 8 mars, les défilés et les discours prennent souvent plus de place que les véritables débats sur les problèmes auxquels les femmes sont confrontées au quotidien dans le pays. »

Pour elle, l’aspect festif tend parfois à occulter les défis structurels qui touchent une grande partie des femmes guinéennes.

Précarité économique et accès limité aux opportunités ! 

Au quotidien, explique-t-elle, les femmes font face à de nombreux obstacles. Beaucoup évoluent dans le secteur informel, avec peu de garanties économiques et sociales.

« Beaucoup vivent dans une précarité économique, notamment dans le secteur informel, où elles travaillent sans réelle sécurité financière. Elles font également face à un accès limité à l’éducation, aux financements et aux opportunités professionnelles.»  Ces contraintes freinent, selon elle, l’autonomisation économique et l’égalité des chances.

La réalité difficile des femmes rurales 

 

La situation est encore plus complexe pour les femmes vivant en milieu rural. « Dans plusieurs villages, elles doivent parcourir des kilomètres à pied pour aller au marché vendre leurs produits agricoles, transporter de lourdes charges, souvent sous le soleil ou la pluie. Certaines se lèvent avant l’aube pour travailler dans les champs, s’occuper du foyer, chercher de l’eau ou du bois de chauffage. »

À ces efforts physiques s’ajoute un manque d’infrastructures essentielles dans certaines localités.

« Dans beaucoup de zones rurales, les femmes vivent également avec un manque criant d’infrastructures de base comme les routes impraticables, accès limité à l’eau potable, manque de centres de santé, absence d’électricité ou d’équipements de transformation agricole. »

Autant de facteurs qui rendent leur quotidien particulièrement éprouvant.

Des défis sociaux persistants.

Au-delà des difficultés économiques, d’autres défis continuent de peser sur la condition féminine en Guinée.

« À cela s’ajoutent les mariages précoces, les violences basées sur le genre, les lourdes charges domestiques et la faible représentation des femmes dans les sphères de décision politique et administrative. »

Pour Aissatou Ramadan Bah, ces réalités montrent que la reconnaissance de la femme reste encore largement incomplète.

« Donc osons dire que la femme en Guinée est beaucoup célébrée dans les discours, mais encore insuffisamment valorisée dans les faits. »

Au-delà du 8 mars : la nécessité d’actions durables

Selon elle, la véritable célébration de la femme ne devrait pas se limiter à une seule journée symbolique dans l’année.

« La véritable célébration de la femme devrait se traduire par des actions concrètes, des politiques durables et un engagement constant pour améliorer les conditions de vie des femmes. »

Car, conclut-elle : « Célébrer la femme, ce n’est pas seulement la mettre à l’honneur le 8 mars, c’est aussi lui garantir ses droits et sa place dans la société tous les jours de l’année. »

 

Gassime Fofana

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *