La stabilité du franc guinéen, enjeu majeur de la politique monétaire nationale, demeure au cœur des préoccupations économiques et sociales. Dans un contexte marqué par l’inflation, la fluctuation des prix et la pression sur les revenus, le pouvoir d’achat des ménages se trouve fragilisé. Entre les efforts de la Banque centrale pour contenir la volatilité de la monnaie et les défis structurels liés à l’approvisionnement, aux importations et à la spéculation, la question de savoir comment préserver le panier de la ménagère reste plus que jamais d’actualité.
Face à cette instabilité monétaire persistante du franc guinéen, l’économiste, Pierre Bilivogui, doctorant en finance à l’Université d’Économie et de Droit de Zhongnan (Chine), trace une feuille de route. Dans une analyse sans détour, il identifie cinq politiques majeures: rigueur monétaire, discipline budgétaire, diversification économique, mesures sociales ciblées et gouvernance transparente.
Une monnaie sous pression
« La stabilité de la monnaie constitue un élément central pour le développement économique et social de tout pays, rappelle Pierre Bilivogui. En Guinée, poursuit-il, la volatilité du franc guinéen est un enjeu majeur, entraînant des répercussions directes sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la confiance des acteurs économiques ». Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette fragilité : l’inflation importée qui alourdit le coût de la vie, le déficit commercial chronique dû à la dépendance aux importations, les fuites de capitaux et la spéculation alimentées par l’incertitude politique, sans oublier la dépendance excessive aux matières premières.
Première politique : la politique monétaire
Pour M. Bilivogui, la Banque centrale doit redevenir la première ligne de défense. « Une régulation active de la masse monétaire et une gestion stratégique des taux d’intérêt permettent de contenir l’inflation et de restaurer la confiance dans la monnaie nationale », explique-t-il. Il cite l’exemple du Kenya, qui entre 2021 et 2023, grâce à des interventions ciblées sur les réserves de devises et une stricte régulation des flux monétaires, a réussi à limiter la dépréciation de sa monnaie.
Deuxième politique : discipline budgétaire et fiscale
La rigueur des finances publiques constitue, selon lui, une autre arme décisive. « La maîtrise du déficit public est essentielle pour éviter un recours excessif à la création monétaire, qui alimente l’inflation et fragilise directement le revenu des ménages », avertit-il. Dans un pays où la pression fiscale figure parmi les plus faibles de la sous-région, le risque est réel. « Une collecte fiscale efficace et équitable permet à l’État de financer les infrastructures, l’éducation, la santé et les filets sociaux, sans mettre en péril la stabilité monétaire », précise-t-il. Et de rappeler l’exemple du Rwanda dans les années 2010. « Grâce à une gestion rigoureuse du déficit public et à des réformes fiscales profondes, le pays a stabilisé sa monnaie, contenu l’inflation et financé ses programmes sociaux ».
Troisième politique : diversifier pour résister
« La diversification économique est un pilier indispensable pour réduire la vulnérabilité de la Guinée aux fluctuations externes », souligne l’économiste. Plus loin, il cite notamment l’agro-industrie, la transformation locale des ressources minières et les services comme secteurs -clés. Le Maroc et le Sénégal, explique-t-il, offrent des exemples inspirants. « En Guinée, où la moitié de la population vit avec moins de 3 dollars par jour, cette diversification est vitale pour stimuler une croissance endogène et protéger le pouvoir d’achat ».
Quatrième politique : protéger le pouvoir d’achat
Pour amortir les effets de l’inflation, Bilivogui Pierre préconise des programmes de transferts monétaires ciblés, des subventions sur les produits de base, une indexation partielle des salaires et un soutien accru aux producteurs locaux. « Des mesures sociales bien ciblées, accompagnées d’une gestion rigoureuse, peuvent préserver le pouvoir d’achat sans compromettre la stabilité monétaire », insiste-t-il, citant les expériences du Rwanda et du Sénégal.
Cinquième politique: confiance et transparence
Enfin, Pierre Bilivogui insiste sur un élément souvent sous-estimé : la confiance. « La confiance et la transparence constituent des éléments cruciaux pour stabiliser la monnaie et protéger les ménages. Une communication claire sur la politique monétaire et fiscale, ainsi qu’une transparence dans la gestion des finances publiques, renforcent la crédibilité des institutions et limitent les comportements spéculatifs. La confiance des acteurs économiques est déterminante pour que les mesures de stabilisation produisent leurs effets et pour que les ménages puissent anticiper et planifier leurs dépenses en toute sécurité », affirme-t-il.
Poursuivant son analyse, le Doctorant en Finance, plaide pour une vision globale. « Stabiliser le franc guinéen n’est pas une option mais une nécessité. Cela passe par une politique monétaire rigoureuse, une discipline budgétaire accrue, une diversification ambitieuse, des mesures sociales ciblées et une gouvernance transparente », résume-t-il. Et de résumer: « la Guinée, en adoptant ces mesures de manière cohérente et coordonnée, peut non seulement stabiliser sa monnaie et protéger ses ménages, mais aussi poser les bases d’un développement durable et inclusif ».
Gassime Fofana
