RGPH 4 / Forécariah : « la couverture a été exceptionnelle »

Dans la perspective d’un développement inclusif et harmonieux, disposer d’une photographie précise et actualisée de la population et de son cadre de vie est une exigence incontournable. Ces données fiables constituent la base sur laquelle reposent les décisions stratégiques, la planification et la mise en œuvre des politiques publiques, qu’elles soient socio-économiques, financières, budgétaires ou sectorielles. C’est dans cet esprit que le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH-4) a été initié, mobilisant plus de 20 000 agents à travers tout le territoire national. Des moyens logistiques, matériels et financiers considérables ont été déployés, traduisant la volonté de l’État et de ses partenaires d’assurer la réussite de cette vaste opération statistique d’envergure nationale. Dans la commune urbaine de Forécariah, cette mobilisation s’est traduite par un succès tangible, marqué par un dépassement des prévisions initiales et une couverture quasi exhaustive de la population. Dans cet entretien, Émile Bangoura, superviseur du RGPH-4 dans la commune urbaine  et Coordinateur préfectoral de l’Agence Nationale de la statistique agricole et alimentaire à Forécariah revient sur les facteurs ayant contribué à cette performance, mais aussi les défis rencontrés, qu’ils soient humains, logistiques ou techniques, et formule des recommandations pour améliorer encore les futures éditions de ce rendez-vous statistique majeur.

 

 www.ledeclic.info : est-ce que toute la population concernée par ce recensement dans votre localité a effectivement été recensée ?

Emile Bangoura : dans ma localité notamment ma Zone de supervision, la couverture a été exceptionnelle, dépassant même les prévisions initiales. Le nombre de personnes effectivement recensées a atteint plus de 125 % par rapport aux estimations issues de la cartographie pré opérationnelle. Cela s’explique par la détermination et le dynamisme de mon équipe, qui a veillé à inclure toutes les unités d’habitation, y compris celles non prévues initialement. Nous avons pris l’initiative d’aller au-delà des données prévisionnelles, afin que personne ne soit omis. Ce résultat illustre l’efficacité des stratégies de mobilisation et de terrain mises en œuvre.

Comment évaluez-vous la qualité du travail réalisé par les agents recenseurs dans votre zone?

Je peux affirmer, sans réserve, que les agents ont accompli un travail remarquable. Leur dynamisme, combiné à une conscience aiguë de l’importance stratégique du recensement, a été impressionnant. Dès le premier jour, les Chefs d’Équipe (CE) et Agents Recenseurs (AR) ont fait preuve d’une rigueur exemplaire, sachant que les données collectées serviront de base aux politiques publiques nationales. La ponctualité, la discipline et l’esprit d’équipe étaient constants. Certains agents, conscients de l’enjeu, travaillaient jusqu’à 22 heures pour respecter les délais impartis. La communication fluide entre les équipes, associée à un leadership structuré, a permis une coordination optimale et un travail d’une qualité irréprochable.

Avez-vous constaté des irrégularités ou des omissions pendant le processus de recensement ?

Oui, quelques irrégularités ont été constatées, principalement liées au refus initial de certains ménages. Dans certains cas, il s’agissait de civils méfiants qu’il a fallu sensibiliser, et dans d’autres, de militaires affirmant qu’ils ne pouvaient être recensés qu’à l’intérieur de leur camp. Ces situations ont été résolues grâce à des actions de sensibilisation ciblées, menées par la hiérarchie. S’agissant des omissions, quelques cas isolés ont été relevés. Dès qu’ils étaient identifiés, nous avons mobilisé immédiatement les agents concernés et leurs chefs d’équipe pour aller corriger et intégrer ces ménages dans la base de données. Au final, toutes ces situations ont pu être régularisées.

Le RGPH-4 s’est-il déroulé dans le respect du calendrier prévu dans votre localité ? Y a-t-il eu des retards ou prolongations ?

Dans ma Zone de Supervision (ZS), le RGPH-4 s’est déroulé dans le strict respect du calendrier fixé, soit du 1er au 31 juillet 2025. Mieux encore, nous avons finalisé le travail 10 jours avant la date officielle de clôture. Cela témoigne non seulement de l’efficacité de la planification, mais aussi de la capacité de mobilisation de l’équipe sur le terrain.

Quelles ont été, selon vous, les principales réussites du recensement dans votre communauté ?

La réussite a été totale, tant sur le plan organisationnel que sur celui de la participation citoyenne. Dès le départ, nous avons mis en place un plan de travail structuré, avec des stratégies de collecte efficaces et des réunions quotidiennes d’évaluation. Ces réunions nous permettaient d’analyser les difficultés rencontrées, d’y apporter des solutions immédiates et d’améliorer la qualité du travail du lendemain. La sensibilisation de proximité a joué un rôle déterminant. La population, mieux informée, s’est progressivement appropriée le processus, allant même jusqu’à inviter les recenseurs à venir chez eux lorsque ceux-ci tardaient à passer. Ces retours spontanés ont permis de repérer et corriger rapidement les omissions.

Quels ont été les défis majeurs ou difficultés rencontrés pendant l’opération ?

Sur le plan logistique, nous avons été épargnés par de grandes difficultés, à l’exception de deux tablettes défectueuses rapidement remplacées. Les principaux obstacles techniques provenaient de la géolocalisation (GPS) et des mises à jour des tablettes. Toutefois, la réactivité de l’équipe informatique nationale a permis de résoudre ces problèmes avec célérité.

Avez-vous reçu un retour ou un rapport partiel des résultats ou de l’évolution du recensement dans votre zone ?

À ce stade, notre rôle se limite à la collecte et à la synchronisation des données avec le serveur central. L’analyse approfondie des données relève des services techniques du Bureau Central du Recensement (BCR) et de l’Institut National de la Statistique (INS). Ce sont eux qui, après traitement, mettront à disposition du pays les statistiques définitives.

Quels impacts concrets attendez-vous des résultats du RGPH-4 pour votre communauté ?

 Les résultats du RGPH-4 permettront d’établir une base de données fiable, condition essentielle à toute planification de développement. Dans notre localité, les besoins prioritaires concernent la création et l’amélioration des infrastructures sanitaires et scolaires. Grâce à des statistiques précises, les autorités pourront évaluer objectivement la répartition des populations et ainsi orienter efficacement les investissements, par exemple en créant des postes de santé dans les zones éloignées, en renforçant la sécurité et en planifiant l’aménagement urbain.

Selon vous, dans quels secteurs les données du recensement doivent-elles être prioritairement utilisées ?

Tous les secteurs de la vie socio-économique nécessitent une intervention urgente : santé, éducation, emploi, logement, sécurité, urbanisme. La jeunesse, en particulier, souffre d’un chômage endémique. De nombreux quartiers de Forécariah nécessitent une rénovation architecturale profonde. Les données du recensement doivent donc guider les choix stratégiques de l’État et de ses partenaires pour répondre aux besoins réels de la population.

En tant que leader ou responsable, quelles recommandations feriez-vous pour les futurs recensements en Guinée ?

Je recommande en priorité un recrutement local des agents recenseurs. Employer des personnes issues des communautés concernées favorise non seulement l’acceptation sociale, mais réduit également les coûts et les contraintes logistiques liées au logement et à la restauration. Cela permet aussi une meilleure connaissance du terrain et limite la réticence des ménages. Sur le plan technique, il serait pertinent de capitaliser sur l’expérience du RGPH-4, qui a marqué une avancée majeure avec l’utilisation des tablettes. À l’avenir, il faudra renforcer encore davantage l’arsenal technologique et la formation, afin d’accroître la rapidité, la précision et la sécurisation des données collectées.

Avez-vous un dernier message à adresser ?

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à l’ensemble du personnel du RGPH-4, en particulier au Directeur Technique de l’INS,  au Coordinateur préfectoral, aux coordinateurs communaux, aux chefs d’équipes et à tous les agents recenseurs. Leur engagement sans relâche, souvent au prix de sacrifices personnels, a été déterminant pour le succès de l’opération. Je remercie également la presse pour son rôle dans la sensibilisation et la diffusion d’informations, ainsi que les autorités préfectorales qui nous ont soutenus activement. Ce recensement est une réussite collective qui servira les intérêts de toute la nation.

 

Propos recueillis par Gassime Fofana

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