Guinée : quels secteurs pourraient créer plus d’emplois durables pour les jeunes ?

Malgré des discours politiques volontaristes et des plans nationaux d’emploi annoncés à grand renfort de communication, le chômage des jeunes reste l’un des défis majeurs du pouvoir public guinéen et de celui nombreux pays africains. L’équation est connue : une jeunesse nombreuse, instruite pour une partie, mais dont les formations ne correspondent pas toujours aux besoins réels du marché. Conséquences,  des milliers de diplômés se retrouvent sur le banc de l’attente, pendant que les secteurs porteurs peinent paradoxalement à recruter des profils adaptés.

Une jeunesse en quête de perspectives

 « Le chômage des jeunes ne relève pas seulement d’un manque d’opportunités, mais d’un décalage structurel. Les cursus universitaires et professionnels, trop théoriques, forment davantage à l’attente d’un emploi public qu’à l’initiative privée. Pendant ce temps, les entreprises réclament des compétences techniques, numériques ou managériales qui se font rares. Ce fossé fragilise l’avenir d’une génération dont la majorité a moins de 25 ans », soutient Ibrahima Kalil Sacko, économiste.

Les secteurs porteurs d’emplois durables

Selon lui, pour  inverser la tendance, il faut que les politiques d’emploi touchent les secteurs porteurs d’emploi durables. « A l’échelle mondiale, l’agriculture et l’agro-industrie restent parmi les tout premiers pourvoyeurs d’emplois, mais malheureusement en Afrique, le secteur agricole reste sous-exploité. En Guinée, les terres fertiles pourraient nourrir le pays et exporter, si elles étaient modernisées. La transformation locale des produits (jus, conserves, farines, huiles) créerait des chaînes de valeur et des milliers d’emplois durables, de la production à la distribution », dit-il.

Les énergies renouvelables

Poursuivant, il indique  que  le déficit énergétique est l’un des freins majeurs au développement en Guinée.  « Les projets solaires, hydroélectriques et biomasse ne sont pas seulement une réponse aux besoins domestiques : ils constituent un vivier d’emplois pour des techniciens, installateurs, ingénieurs et entrepreneurs de services énergétiques.»

Le numérique et les services innovants

Du e-commerce aux start-up fintech en passant par la cyber sécurité, le digital est, aux yeux de M. Sacko, une mine d’emplois potentiels également, mais à condition d’un appui public. «  La jeunesse guinéenne, connectée et créative, pourrait y trouver un terrain d’expression à condition que les formations soient adaptées et que les financements accompagnent les initiatives locales », propose-t-il.

La culture et l’économie créative

« Musique, cinéma, mode, art numérique. Ces secteurs, longtemps négligés, sont devenus des industries mondiales. En Guinée, la richesse culturelle peut être transformée en véritable moteur économique, capable de générer revenus et emplois, surtout pour une jeunesse talentueuse mais souvent laissée en marge », affirme l’économiste, qui relève par ailleurs que créer des emplois durables pour les jeunes guinéens n’est pas seulement une question économique,  mais une nécessité politique et sociale. « Sans perspectives, la jeunesse se détourne, s’exile ou sombre dans la précarité. Avec des secteurs porteurs et des politiques courageuses, elle peut au contraire devenir la locomotive du développement », conclut-il.

Gassime Fofana

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *