Guinée : la transformation locale face aux défis du moment

À l’heure où la question de la souveraineté économiqu s’impose comme un enjeu central pour les États africains, le président Mamadi Doumbouya a réaffirmé, la semaine dernière à Conakry, sa volonté de faire du contenu local un pilier de la stratégie économique nationale. Devant les opérateurs économiques, le chef de l’État a mis l’accent sur la production et la transformation locales, tout en ouvrant le débat sur les conditions réelles de mise en œuvre de cette ambition.

Lors de cette rencontre tenue au Palais Mohamed V avec des acteurs du secteur économique, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a exposé sa vision en faveur du contenu local et de la souveraineté économique. Une orientation stratégique qui place la production nationale au cœur des priorités de l’État, avec un accent particulier sur les secteurs agricole, agroindustriel et de l’élevage.

S’adressant aux opérateurs économiques, le chef de l’État a déclaré :

« Je souhaite partager avec vous ma vision de façon très claire en faveur du contenu local et de la souveraineté économique », ajoutant que « la priorité à la production locale constitue un axe stratégique majeur notamment dans les secteurs agricole, agroindustriel et l’élevage ».

Il a par ailleurs insisté sur l’objectif poursuivi par les autorités :

« Notre ambition est sans équivoque : produire, transformer et commercialiser davantage des produits locaux afin de renforcer durablement notre sécurité alimentaire, créer de la valeur sur notre territoire national. »

Une orientation stratégique globalement saluée

Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, la hausse du coût des importations et la nécessité, pour de nombreux pays africains, de renforcer leur résilience économique. En mettant l’accent sur le contenu local, les autorités guinéennes affichent leur volonté de réduire la dépendance extérieure et de favoriser une transformation accrue des ressources nationales.

Pour certains acteurs économiques, cette vision constitue un signal fort adressé aux producteurs, aux transformateurs et aux investisseurs locaux, appelés à jouer un rôle central dans la dynamique de croissance et de création d’emplois.

Des contraintes structurelles à surmonter

Toutefois, affirme l’économiste,  Ousmane Soumah,  la concrétisation de cette ambition se heurte à plusieurs défis structurels. « Dans le secteur agricole, malgré un potentiel important, les producteurs font face à un accès limité aux intrants de qualité, à une mécanisation insuffisante et à une forte exposition aux aléas climatiques. Les difficultés d’accès au financement, en particulier pour les exploitations familiales, demeurent également un frein majeur. L’agroindustrie, quant à elle, souffre du déficit d’unités de transformation, du coût élevé de l’énergie et de l’insuffisance des infrastructures logistiques. Ces contraintes limitent la capacité à transformer localement les matières premières et à augmenter la valeur ajoutée nationale. Le secteur de l’élevage reste confronté à des enjeux de structuration des filières, de santé animale et de modernisation des pratiques », explique le professeur d’économie.

Produits locaux : compétitivité et accès au marché

Poursuuvant, il ajoute : « Un autre obstacle réside dans la compétitivité des produits locaux face aux importations. Les coûts de production élevés, les difficultés de conservation, l’insuffisance de normes de qualité harmonisées et la faiblesse des circuits de distribution pénalisent l’accès des produits locaux aux marchés, notamment urbains. Et également, l’absence de mécanismes efficaces de préférence nationale et de protection ciblée complique l’écoulement durable de la production locale, malgré une demande potentielle importante », déclare l’analyste.

De la vision à l’action

Par ailleurs,  si la vision présidentielle est largement appréciée pour sa clarté et sa portée stratégique, sa mise en œuvre exigera des réformes coordonnées et des investissements soutenus.

« L’intervention du président Mamadi Doumbouya ouvre ainsi une séquence décisive, celle du passage de l’ambition politique à l’opérationnalisation. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs économiques à lever les entraves existantes afin de faire du contenu local un véritable moteur de souveraineté économique et de développement durable en Guinée », conclut-il.

Gassime Fofana 

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