Édito : pour une fois, la rue n’a pas pris le pas sur la République !

Il y a des élections qui fracturent, et d’autres qui réparent. Celle du 28 décembre 2025 appartient indéniablement à la seconde catégorie. Rarement la Guinée aura traversé un processus électoral d’une telle intensité sans sombrer dans les travers qui ont longtemps rythmé son histoire politique sans crispations, violences postscrutin, défiance généralisée envers les institutions.

Des les premières heures du vote, un signal fort a été donné , celui d’un peuple déterminé à exercer son droit civique dans le calme. Des quartiers populaires de Conakry aux localités de l’intérieur du pays, les files d’attente se sont formées dans une atmosphère presque studieuse, comme si chaque électeur avait conscience de participer à un moment décisif, non seulement pour choisir un président, mais pour solder un passé lourd de suspicions.

Le dépouillement et la centralisation des procès-verbaux, phases traditionnellement redoutées, se sont déroulés dans un climat inhabituellement posé. Les chiffres, transmis au fil des jours, ont dessiné une tendance claire, mais c’est surtout l’absence de contestations majeures qui a marqué les esprits. Pour une fois, la rue n’a pas pris le pas sur la République.

Lorsque la Cour suprême a rendu son arrêt, le 04 janvier 2026, proclamant Mamadi Doumbouya élu président avec 86,72 % des suffrages valablement exprimés, la Guinée n’a pas tremblé. Pas de débordements, pas de surenchère verbale, pas de remise en cause systématique de l’arbitrage institutionnel. Le pays a écouté, puis a accepté.

Cette séquence électorale ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’un apprentissage collectif, parfois douloureux, où chaque crise passée a laissé une leçon. Elle révèle une maturation politique progressive, une compréhension partagée que la stabilité n’est pas un slogan mais une construction patiente.

Pour autant, ce climat apaisé ne saurait être une fin en soi. Il constitue une promesse. Celle d’un nouveau contrat entre gouvernants et gouvernés, fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité. La Guinée a montré qu’elle pouvait organiser une élection sans se diviser. Reste désormais à prouver qu’elle peut gouverner dans le même esprit.

Car le véritable scrutin commence maintenant : celui du temps, de la gouvernance et de la capacité du pouvoir issu des urnes à honorer l’espérance silencieuse exprimée le 28 décembre dans les bureaux de vote.

Gassime Fofana

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