Constat : Conakry ploie toujours sous le poids de ses ordures !

 À chaque coin de rue, sur les grands axes comme dans les ruelles étroites, les ordures s’amoncellent et empestent parfois l’air à Conakry. L’autoroute Fidel Castro, principale artère reliant les cinq communes de la capitale, est devenue une succession de monticules d’immondices et de flaques d’eau stagnante.  De Kaloum à Matoto, les caniveaux ne remplissent plus leur fonction d’évacuation. Ils sont transformés en dépotoirs improvisés, où les habitants jettent tout, comme restes alimentaires, bouteilles, couches usagées, gravats. Lors des pluies, ces déchets obstruent la circulation de l’eau, provoquant inondations, insalubrité et maladies hydriques.

Une autoroute transformée en décharge

L’autoroute qui relie l’aéroport à Kaloum, censée être la vitrine du pays, est devenue un symbole de désordre. Des amas d’ordures jalonnent le terre-plein central, mêlés aux eaux stagnantes et aux débris plastiques. Chaque semaine, des camions de collecte effectuent des tournées, mais quelques jours plus tard, tout recommence. Les marchés environnants déversent leurs déchets sur la voie publique. Les vendeurs, pressés par l’espace, s’installent sur les trottoirs, au milieu des ordures. Le spectacle, quotidien, choque mais ne surprend plus personne.  

Des campagnes d’assainissement sans lendemain  

Depuis des années, l’État guinéen multiplie les campagnes d’assainissement : journées citoyennes, opérations « Conakry ville propre », sensibilisations radiophoniques… Mais ces initiatives, souvent ponctuelles et mal coordonnées, n’ont jamais réussi à inverser la tendance. Les opérations s’arrêtent aussi vite qu’elles ont commencé, faute de suivi, de moyens durables et de réelle implication des collectivités locales. Les camions à ordures manquent, les points de dépôt sont saturés, et la gestion des déchets reste morcelée entre plusieurs structures aux compétences floues. 

L’incapacité structurelle de l’État

La saleté de Conakry n’est pas qu’un problème d’incivisme citoyen. Elle traduit surtout une faillite structurelle de la gouvernance urbaine. « Les autorités peinent à instaurer un système cohérent de gestion des déchets, basé sur la collecte sélective, le recyclage et la responsabilisation communautaire », soutient Ansoumane Condé, sociologue qui ajoute : « le manque de planification urbaine et l’absence de sanctions réelles contre les incivilités renforcent le désordre. Les politiques publiques demeurent réactives au lieu d’être préventives ».

Quelles stratégies pour sortir de l’impasse ?

Pour espérer redonner à Conakry un visage digne de capitale, il faudra plus que des campagnes symboliques. «  La solution est dans la mise en place d’une véritable gouvernance urbaine intégrée et un organisme unique, doté de moyens et de compétences clairs, pour coordonner l’assainissement de la ville. Il y a aussi le développement des infrastructures durables de traitement des déchets comme des  centres de tri, usines de compostage, décharges contrôlées, et circuits de recyclage formels », dit M. Condé. Poursuivant,  il ajoute : «  dans ce processus de stratégie contre l’insalubrité, la responsabilité des citoyens et des collectivités locales reste une arme indispensable car, la salubrité ne peut être efficace que si chacun devient acteur du changement, par la gestion des déchets à la source. En plus, il faut des mesures coercitives, accompagnées d’une véritable éducation environnementale, mais aussi favoriser les partenariats public-privé pour la collecte, la transformation et la valorisation des déchets, tout en créant des emplois verts ».

Gassime Fofana

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *