Guinée : le pari ambitieux de l’école et de la culture

En Guinée, le pouvoir public affiche une volonté claire : faire de l’éducation et de la culture les piliers du développement national. Lors de la présentation de sa politique générale devant le Conseil national de la transition, le Premier ministre a placé ces deux secteurs au centre de l’action gouvernementale.

Une feuille de route ambitieuse pour transformer le pays.

Face aux conseillers nationaux, le chef du gouvernement a détaillé une stratégie structurée autour de 13 mégaprojets et de 5 grandes réformes, pour un montant global estimé à 40 milliards de dollars. L’objectif est clair : moderniser en profondeur les systèmes éducatif et culturel afin d’en faire des leviers de croissance économique, mais aussi de cohésion sociale.

Parmi les mesures annoncées figurent la construction d’universités régionales, l’élargissement des programmes de bourses, ainsi que le renforcement du transfert de compétences. Le gouvernement entend ainsi améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et mieux adapter les formations aux besoins du marché du travail.

Un mécanisme de financement inédit

L’un des points marquants de cette politique est la mise en place d’un mécanisme innovant de financement de l’éducation. Celui-ci prévoit l’allocation de 20 % des recettes issues de la Compagnie du Transguinéen, ainsi que 5 % des revenus miniers, au secteur éducatif.

Dans son discours politique, le Premier ministre Bah Oury a insisté sur la nécessité de transformer les richesses naturelles en richesse intellectuelle. « Le véritable enjeu, a-t-il souligné, est de convertir nos ressources minières en savoir, en culture et en opportunités pour notre jeunesse. »

Une vision saluée, mais des défis majeurs

Pour le professeur  Mamadouba Camara, géographe, cette orientation constitue « une avancée stratégique majeure » pour la Guinée.

« Lier directement les revenus miniers au financement de l’éducation est une idée pertinente. Cela permet de sécuriser des ressources et d’inscrire l’investissement éducatif dans la durée », explique-t-il.

Toutefois, l’enseignant met en garde contre les risques de rester au stade des intentions.

« Ce type d’annonce est encourageant, mais sa réussite dépendra de plusieurs facteurs essentiels. Sans une mise en œuvre rigoureuse, cela peut rester un simple discours politique. »

Selon lui, plusieurs conditions doivent impérativement être réunies La transparence dans la gestion des fonds,  La qualité de la gouvernance éducative , assurer que ces engagements survivent aux transitions politiques.,  réduire les disparités entre zones urbaines et rurales., mettre en place des indicateurs clairs pour mesurer les résultats, et surtout valoriser les conditions de vie de l’enseignant avant d’ajouter : « construire des universités est important, mais il faut aussi s’assurer qu’elles disposent d’enseignants qualifiés, d’équipements modernes et de programmes adaptés. Sinon, l’impact restera limité », insiste-t-il. Si les engagements sont tenus, dit-il,  l’éducation et la culture pourraient devenir de véritables moteurs de transformation sociale et économique en Guinée. Mais  le défi réside désormais dans l’exécution.

Si l’initiative d’investir massivement dans l’enseignement supérieur est louable, plusieurs autres acteurs  pointent déjà  un « déséquilibre stratégique majeur ». Aujourd’hui, certaines localités guinéennes manquent cruellement d’écoles, tandis que d’autres disposent d’établissements dont l’état déshonore l’image du pays. Pourtant, l’éducation à la base constitue le socle sur lequel se construit tout le reste : elle alimente les universités en élèves qualifiés et prépare la jeunesse à tirer pleinement parti des formations supérieures. « On peut construire les plus belles universités du monde, avec des infrastructures modernes et des programmes ambitieux, mais si l’enseignement primaire et secondaire n’est pas renforcé, ces universités resteront de simples bâtiments. Le déficit de niveau universitaire en Guinée aujourd’hui est justement la preuve que sans base solide, les investissements dans le supérieur ne produisent pas l’impact attendu », explique Bintou Cissé, institutrice.

 

Gassime Fofana

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