Tombolia : des agents sanitaires soupçonnés de missions irrégulières

Des personnes se présentant comme des agents du service de salubrité de Tombolia ont été aperçues devant une boutique de produits alimentaires, où elles ont relevé « des manquements à l’hygiène » et remis une convocation à la commerçante. Mais l’absence apparente de validation de leur ordre de mission et les anomalies constatées sur les coordonnées du responsable sanitaire ont suscité des interrogations. Contacté à ce sujet, le chef de section santé-hygiène de la commune de Tombolia reconnaît l’existence de pratiques irrégulières et annonce des mesures contre les agents concernés.

La protection des consommateurs exige des contrôles sanitaires réguliers dans les commerces alimentaires. Mais encore faut-il que ces opérations soient menées par des agents habilités, dans le respect des procédures administratives. Une scène observée devant une boutique de produits alimentaires à Tombolia soulève précisément cette question : celle de la régularité des missions effectuées au nom des services communaux. Trois personnes se présentant comme des agents du service de salubrité de Tombolia sont intervenues devant une boutique dans la cité . Elles ont notamment signalé la présence de toiles d’araignée et d’un pain qui, selon elles, n’était pas couvert. Des observations qui peuvent relever des exigences élémentaires d’hygiène dans un établissement de vente de denrées alimentaires.

Un ordre de mission et des coordonnées contestés

Le document présenté par les agents portait la date du 6 août 2026. Selon Thierno Amadou Bah, témoin de la scène et proche de la commerçante, cet ordre de mission ne comporterait la signature d’aucun responsable de la commune de Matoto et ne serait pas contresigné. Interrogée sur les objectifs de la mission et sollicitée pour apporter des éclaircissements, la personne présentée comme la cheffe d’équipe a réagi avec nervosité avant de s’éloigner. L’intervention d’un autre agent n’a pas permis, au cours des échanges, de clarifier les conditions administratives de l’opération. Autre élément troublant : le numéro de téléphone associé au responsable du service sanitaire aurait été barré sur le document, tandis que le numéro de la personne présentée comme cheffe d’équipe apparaissait à son emplacement. Les agents ont également refusé de communiquer les coordonnées de leur supérieur hiérarchique ou de préciser l’objectif de leur mission. « Nous, on ne peut pas donner l’objectif de notre mission ni le numéro de notre chef, parce que ce n’est pas notre travail », a déclaré l’un des agents, selon les propos recueillis sur place.

Le chef de section santé-hygiène confirme des pratiques irrégulières

Pour vérifier ces éléments, nous avons contacté le chef de section santé-hygiène de la commune de Tombolia, Amara Sylla. Selon les explications rapportées à l’issue de cet échange, le responsable confirme que son numéro aurait été falsifié ou modifié par les agents concernés, afin d’échapper à son contrôle. Il reconnaît également l’existence d’agents qui se livrent à ce type de pratiques et indique que la situation ne serait pas nouvelle. Selon lui, certains agents peuvent sortir sur le terrain sans avoir obtenu l’accord préalable de leur hiérarchie. Informé de la situation, le chef de section affirme reconnaître la personne mise en cause et annonce son intention de prendre des mesures, notamment des sanctions contre les agents qui effectuent des missions sans autorisation hiérarchique.

Cette réaction apporte un éclairage important sur les soupçons soulevés lors de l’intervention. Elle souligne la nécessité de vérifier les autorisations des équipes qui se réclament des services communaux et de faire respecter les circuits de supervision administrative.

Une convocation après une somme de 100 000 GNF évoquée

Au cours de l’intervention, les agents ont évoqué une somme de 100 000 francs guinéens auprès de la commerçante. Celle-ci a déclaré ne disposer que de 40 000 francs guinéens. Une convocation lui a ensuite été remise. Les circonstances de cet échange soulèvent des questions sur le fondement de la somme réclamée, la nature de la sanction envisagée et les modalités de recouvrement applicables. Il reste notamment à déterminer si ce montant correspond à une pénalité officiellement prévue et si la procédure engagée respecte les règles en vigueur. La régularité d’un contrôle sanitaire ne dépend pas uniquement de la pertinence des manquements relevés. Elle suppose également que les agents puissent justifier leur habilitation, que les sanctions reposent sur des textes applicables et que tout paiement soit effectué selon les procédures officielles. En l’absence de justificatifs permettant d’établir la nature de la somme évoquée et sa destination, il serait prématuré d’affirmer que de l’argent a effectivement été détourné. La question mérite néanmoins d’être examinée par les autorités compétentes.

La santé publique ne peut servir de couverture à des missions irrégulières

Les contrôles sanitaires jouent un rôle essentiel dans la prévention des risques liés à la commercialisation des produits alimentaires. Ils permettent de rappeler les règles d’hygiène, de corriger les manquements et, lorsque les textes le prévoient, de sanctionner les infractions. Mais leur crédibilité repose sur la transparence des opérations et le respect de la hiérarchie administrative. Lorsqu’une équipe intervient sans autorisation vérifiable, refuse de permettre l’identification de son responsable ou présente des coordonnées contestées, elle fragilise la confiance des commerçants et des consommateurs envers les services publics. L’enjeu est donc double : protéger la population contre les risques sanitaires et empêcher que des personnes puissent se réclamer d’une autorité publique sans respecter les procédures requises.

Des éclaircissements et des mesures attendus

Cette affaire appelle désormais des vérifications sur l’authenticité de l’ordre de mission daté du 6 août 2026, l’identité des personnes intervenues, les conditions de remise de la convocation et le fondement de la somme de 100 000 francs guinéens évoquée devant la commerçante. La lutte contre l’insalubrité ne peut être crédible que si ceux qui sont chargés de la faire respecter observent eux-mêmes les règles.

À Tombolia, la question n’est donc pas de remettre en cause le principe du contrôle sanitaire, mais de s’assurer qu’il est exercé par des agents autorisés, dans un cadre transparent et au service exclusif de l’intérêt général.

Gassime Fofana

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