La visite du président Mamadi Doumbouya en Côte d’Ivoire ne se résume pas à une séquence diplomatique. Elle traduit la volonté de donner un contenu plus concret à une relation historique entre deux pays voisins, liés par des intérêts politiques, économiques et humains.
À Abidjan, le chef de l’État guinéen a salué la qualité des contacts directs et réguliers avec les autorités ivoiriennes, ainsi que leur convergence de vues sur plusieurs questions bilatérales. Mais il a surtout posé un constat : les échanges commerciaux entre les deux pays, malgré leur progression, restent en deçà de leurs potentialités.
Transformer la complémentarité en création de valeur
C’est là tout l’enjeu. La Guinée et la Côte d’Ivoire disposent de deux économies aux profils différents, mais largement complémentaires. La Guinée possède d’importantes ressources agricoles et minières, notamment la bauxite et l’or, avec une ambition désormais affirmée de renforcer leur transformation locale. La Côte d’Ivoire, elle, dispose d’un tissu industriel, commercial et logistique particulièrement développé.
Le défi consiste donc à transformer cette complémentarité en investissements, en échanges commerciaux et en création de valeur.
Les infrastructures, un moteur de l’intégration économique
Le président Mamadi Doumbouya a annoncé que le projet routier du côté de Lola progressait du côté guinéen. Au-delà d’une simple route, il s’agit d’un outil d’intégration économique capable de faciliter la circulation des personnes et des marchandises, de réduire les coûts de transport et de rapprocher les producteurs des marchés.
Mais aucun corridor économique ne peut prospérer sans sécurité. Les deux pays entendent ainsi renforcer leur coopération dans la lutte contre la criminalité transfrontalière, le partage de renseignements et l’orpaillage clandestin. La prochaine Commission mixte ivoiro-guinéenne devrait permettre d’avancer sur ces questions et sur d’autres dossiers stratégiques.
Passer des engagements politiques aux résultats
Cette commission sera d’ailleurs un test important : passer des engagements politiques aux résultats concrets. Car la coopération africaine ne peut plus se mesurer uniquement au nombre de rencontres et de déclarations. Elle doit se traduire par des infrastructures réalisées, des entreprises connectées, des investissements mobilisés, des emplois créés et des échanges commerciaux plus importants.
La dimension diplomatique n’est pas en reste.
La Côte d’Ivoire, aux côtés du Rwanda, sera mise à l’honneur lors de la fête nationale guinéenne du 02 octobre prochain. Un geste symbolique qui vient renforcer une relation déjà ancienne.
Au-delà des symboles, une ambition économique
Mais derrière les symboles, une ambition plus grande se dessine : celle d’une coopération fondée sur les intérêts mutuels et sur la capacité des États africains à construire leurs propres solutions.
La Guinée ne doit plus seulement exporter ses matières premières ; elle doit davantage transformer, investir et créer de la valeur. Et La Côte d’Ivoire ne doit pas seulement être un voisin et un partenaire diplomatique ; elle peut devenir un acteur majeur de cette stratégie.
Le véritable défi : transformer l’amitié en résultats
La visite de Mamadi Doumbouya à Abidjan ouvre donc une perspective claire : faire de la proximité entre Conakry et Abidjan un véritable outil d’intégration économique, de sécurité et de développement.
Par ailleurs, il faut rajouter que l’amitié entre les deux peuples est ancienne. Le véritable défi commence maintenant : la transformer en résultats concrets et durables.
Gassime Fofana
