Création d’entreprises en Guinée : les obstacles qui freinent l’entrepreneuriat

Créer une entreprise en Guinée reste toujours un parcours semé d’obstacles. Malgré l’existence de mécanismes destinés à faciliter les démarches administratives, les entrepreneurs se heurtent encore à des difficultés institutionnelles, financières, énergétiques, logistiques et surtout liées au capital humain.

Un environnement administratif et institutionnel encore contraignant

« Premier frein c’est la lourdeur administrative. Alors que l’Agence de promotion des investissements privés (APIP) est censée faciliter la création d’entreprises, certaines démarches, notamment l’accès aux autorisations et permis sectoriels, peuvent encore constituer un obstacle pour les promoteurs. À cela s’ajoute une instabilité du climat des affaires liée aux transitions politiques successives. Cette situation fragilise la confiance des investisseurs et complique la projection sur le long terme. Car les transitions répétées ne constituent pas une exigence pour un investissement durable , mais la stabilité institutionnelle reste indispensable pour sécuriser les investissements »,  explique Naby Ibrahima Conté, accrédité à un système de management de la santé sécurité au travail, ISO 45001, résident à New York. Il ajoute : « la corruption et le poids des relations sociales dans certaines démarches sont également des facteurs qui peuvent compliquer l’accès aux opportunités et aux services nécessaires à la création d’une entreprise. »

Le déficit de compétences, un autre obstacle majeur

Au-delà de l’administration, le profil des entrepreneurs constitue, selon Naby Ibrahima Conté, un autre maillon faible.  « Le manque de formation et de qualification en gestion, en stratégie ou en élaboration de plans d’affaires réduirait la capacité de certaines petites entreprises à faire face à un environnement économique de plus en plus concurrentiel. Parce qu’il faudrait qu’on commence par l’ABCD du métier pour répondre aux attentes du marché », insiste-t-il.

Poursuivant, il précise que l’entrepreneuriat ne peut plus reposer uniquement sur l’intuition, l’habitude ou l’héritage familial. Il doit désormais s’appuyer sur des compétences, des méthodes et une véritable préparation du porteur de projet.

Autre obstacle majeur : un accès au financement encore difficile

« Le secteur bancaire guinéen est confronté à une crise de confiance qui affecte les relations entre les banques, les opérateurs économiques et les différents acteurs du système financier. Les conditions d’accès aux crédits, les exigences imposées par les banques et la faiblesse de la bancarisation compliquent ainsi le financement de nombreuses initiatives privées. Et cette situation favorise la thésaurisation de l’argent au détriment de sa circulation dans l’économie formelle », précise le  spécialiste en management de la santé et sécurité au travail.

Manque d’énergie, un frein qui pèse sur les entreprises

« Les délestages et les difficultés d’accès à une électricité stable affectent aussi bien les grandes entreprises que les petites unités de production. Même des activités domestiques, comme la production de glace ou de petites denrées, peuvent subir d’importantes pertes en raison des interruptions d’électricité. Et le problème ne réside donc pas uniquement dans le manque d’énergie, mais aussi dans ce qu’il considère comme une mauvaise gouvernance du secteur énergétique. » 

Routes, transport et logistique : le coût caché de l’entreprise

Pour lui, les  difficultés qui s’ajoutent sont les problèmes d’infrastructures routières et de logistique. « L’accès aux zones de production et l’acheminement des marchandises vers les grands centres de consommation restent difficiles, particulièrement pour les activités agricoles. Des délais importants dans le transport des produits peuvent entraîner des pertes, augmenter les coûts et réduire la compétitivité des entreprises. Une réalité résumée par cette formule devenue célèbre dans les politiques de développement : la route du développement passe par le développement de la route», soutient M. Conté.  

 Quelles solutions pour libérer l’entrepreneuriat ?

Face à ces obstacles, Naby Ibrahima Conté appelle à agir simultanément sur les dimensions institutionnelles et infrastructurelles. Il préconise d’abord une formation qualifiante des créateurs d’entreprises, adaptée aux réalités du marché et aux mutations de l’économie mondiale. La mise à jour du Code des investissements, afin de disposer d’un cadre juridique adapté aux réalités économiques actuelles. « La digitalisation des services de l’APIP figure également parmi les solutions,  avec l’objectif de réduire les lourdeurs administratives et de faciliter les démarches des entrepreneurs. Et l’autre priorité  est de renforcer la sécurité juridique des affaires, notamment à travers une justice capable de garantir les droits des investisseurs », dit-il.  

Sur le plan financier, le professionnel certifié ISO 45001 appelle à instaurer une meilleure gouvernance bancaire, à soutenir les banques primaires et à faciliter davantage l’accès au crédit. Il insiste également sur la nécessité d’investir dans les infrastructures énergétiques et routières, afin de créer un environnement favorable à la production et à la circulation des biens.

Au terme de son analyste, il encourage la jeunesse à se structurer autour de projets collectifs. Plutôt que d’entreprendre de manière isolée, il propose la création de groupes d’intérêts économiques réunissant plusieurs compétences : juristes, agronomes, spécialistes du commerce ou encore gestionnaires. L’objectif, selon lui, est de faire émerger un entrepreneuriat mieux préparé, plus structuré et capable de résister aux mutations du marché.

Car pour lever les obstacles à la création d’entreprises en Guinée, son constat est clair : il ne suffit pas de faciliter la création juridique d’une entreprise ; il faut surtout créer les conditions institutionnelles, financières, énergétiques, humaines et infrastructurelles permettant à cette entreprise de survivre et de se développer.

 

Gassime Fofana

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