Guinée / Bac 2026 : « le système était fortement infiltré »

En Guinée, dans un contexte marqué par des défis liés à l’organisation et à la sécurisation des examens nationaux, le baccalauréat 2026 s’est déroulé sous haute surveillance des autorités éducatives et sécuritaires. Entre lutte contre la fraude, renforcement du dispositif de contrôle et exigence de transparence, les responsables du système éducatif tirent un premier bilan. À la tête du centre de correction du baccalauréat et impliqué dans la coordination des épreuves, Abdoul karim Bangoura, inspecteur général adjoint chargé du secondaire et coordinateur principal de la conception des épreuves, revient dans cette interview,  sur le déroulement des examens, les mesures de sécurisation mises en place, ainsi que les perspectives pour la phase de correction, étape jugée décisive pour la crédibilité du système.

www.ledeclic.info : Dans quel cadre général se sont déroulés les examens nationaux de cette année ?

Abdoul Karim Bangoura : les examens nationaux ont été placés sous la vision éclairée du Président de la République, du Premier ministre et surtout du ministre de l’Éducation nationale, Alpha Bacar Barry. Ils se sont déroulés sous le signe de la transparence, de l’inclusion, de l’équité et de la détermination à promouvoir l’excellence. Globalement, ils se sont déroulés dans de bonnes conditions, malgré quelques défaillances et des cas de fraude constatés.

Quelles appréciations faites-vous du déroulement global des épreuves ?

Nous avons constaté par endroits des difficultés, mais nous avons réussi à reprendre pleinement le contrôle de l’ensemble des opérations, afin de redresser la situation, freiner les dérives et sécuriser les différentes étapes du processus. À date, nous pouvons dire que nous sommes globalement satisfaits.

Quelles mesures ont été prises face aux cas de fraude ?

Nous avons assisté cette année au démantèlement de réseaux organisés de fraude, répartis à travers le pays, notamment via des groupes WhatsApp et dans des zones reculées jusque-là insoupçonnées. Grâce au ministre, le Haut Commandement de la Gendarmerie a mis à disposition un dispositif impressionnant qui a permis plusieurs interpellations de candidats pris en flagrant délit de fraude en salle d’examen, souvent avec des téléphones connectés à des groupes WhatsApp et en complicité avec des personnes externes. Dans certains cas, des enseignants, chefs de centre, secrétaires et responsables d’établissements ont été impliqués. Toutes les preuves sont actuellement entre les mains de la Brigade de recherches de la Gendarmerie, qui a effectué un excellent travail.

Peut-on avoir un bilan partiel des interpellations ?

À Coyah, environ 30 personnes ont été déférées, parmi lesquelles des cadres du département, des responsables de la DPE, des enseignants et des étudiants. Dans d’autres localités comme Siguiri et ailleurs, de nombreux téléphones ont également été saisis. Le bilan définitif n’est pas encore disponible, car la centralisation des données est en cours. Dans les prochaines heures, nous aurons des chiffres précis concernant les téléphones saisis, les candidats éliminés et mis à la disposition de la gendarmerie, ainsi que les surveillants et personnes externes impliquées, également mis à la disposition des forces de sécurité. La situation était catastrophique : le système était fortement infiltré.

Quelles perspectives pour les prochaines sessions ?

Avec le leadership du ministre Alpha Bacar Barry, nous pensons que, même si la fraude ne peut être totalement éliminée, elle sera considérablement réduite dans les années à venir. Nous maintiendrons la même rigueur et le même dynamisme pour la suite , notamment la correction, qui constitue une étape extrêmement sensible du processus.

Quelles sont les consignes pour la phase de correction ?

J’ai effectué une tournée dans toutes les salles  des sous-commissions afin de rappeler les consignes de discipline et de rigueur, ainsi que de nouvelles instructions pour renforcer la sécurité du processus.Nous remercions tous les acteurs à tous les niveaux : surveillants, délégués, chefs de centre, inspecteurs, coordinateurs et superviseurs, pour leur engagement.

Quels principes guident la correction du baccalauréat ?

Il n’y a rien de nouveau à inventer : les consignes restent les mêmes et doivent être strictement respectées. Aucun retard n’est toléré. Après 08h, les portes du centre sont fermées. C’est un impératif régalien pour moi de veiller à la ponctualité des correcteurs. Le port du téléphone est strictement interdit dans les centres, et des fouilles systématiques sont effectuées avec l’appui des forces de sécurité. Le mouvement à l’intérieur du centre est également encadré : les déplacements non autorisés, les attroupements devant les salles ou les toilettes sont formellement interdits. La journée de travail est fixée de 8h à 16h. Même si le temps est contraint, ces huit heures doivent être respectées.
Les candidats sont nos enfants, nos frères, ceux de nos voisins. Nous ne devons pas compromettre leur avenir pour des raisons personnelles ou des urgences individuelles. C’est pourquoi nous demandons aux correcteurs davantage de responsabilité, de professionnalisme et de rigueur. Il ne s’agit pas de se presser, mais de prendre le temps nécessaire pour une évaluation juste et équitable.

Propos recueillis par Gassime Fofana

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