Constructions anarchiques en Guinée : combien d’immeubles échappent encore aux normes de sécurité ?

L’effondrement récent d’un immeuble à Lambagny a remis au centre du débat public la question du respect des normes de construction en Guinée. Au-delà de l’émotion suscitée par cette actualité, l’événement soulève de nombreuses interrogations sur la qualité des ouvrages réalisés dans le pays et sur l’efficacité des mécanismes de contrôle dans le secteur du bâtiment.
Réagissant à cette situation, le Ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, Mohamed Lamine Sy Savané, a annoncé des mesures fermes à l’encontre des bâtiments ne répondant pas aux exigences techniques.

« Le constat fait par le Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat a révélé l’existence des constructions anarchiques. Donc les mesures seront prises pour voir comment accompagner très rapidement ceux qui habitent ces immeubles, pour laisser la place à l’Habitat de faire le travail technique qui consiste aujourd’hui à démolir carrément ces immeubles qui ne respectent pas les normes de construction et de bâti », a déclaré le Ministre Mohamed Lamine Sy Savané.

Une urbanisation plus rapide que le contrôle

Au fil des années, Conakry a connu une forte pression démographique entraînant une multiplication des constructions. Dans plusieurs quartiers, les immeubles poussent à un rythme soutenu, parfois dans des zones peu adaptées ou sans véritable suivi technique.

Pour de nombreux observateurs, la recherche de rentabilité rapide conduit certains promoteurs à réduire les coûts au détriment des études préalables et des exigences techniques.

Selon l’architecte urbaniste Ahmed Camara, une construction ne commence pas par le béton mais par une étude approfondie du terrain.
« Beaucoup pensent que construire consiste simplement à acheter du ciment, du fer et à monter des murs. En réalité, la première étape est l’étude du sol. Un bâtiment doit être adapté à la nature du terrain qui le supporte. Un immeuble de plusieurs étages n’exerce pas les mêmes charges qu’une maison de plain-pied. »

Chaque type de bâtiment obéit à des règles précises

L’architecte rappelle qu’il existe des normes différentes selon la nature de l’ouvrage.

«Pour une maison familiale de plain-pied, les fondations peuvent être relativement simples lorsque le terrain est stable. En revanche, dès qu’il s’agit d’un immeuble à plusieurs niveaux, les exigences techniques deviennent beaucoup plus importantes«, avant d’ajouter : « lorsqu’on construit un immeuble R+3, R+5 ou davantage, il faut des calculs de structure réalisés par des ingénieurs qualifiés. Les fondations, les poteaux, les poutres, les dalles et les matériaux utilisés doivent être dimensionnés en fonction des charges réelles du bâtiment. »

Une autre erreur ?

Selon lui, l’une des erreurs fréquemment observées consiste à modifier les plans initiaux en cours de chantier.
« On voit parfois des bâtiments conçus pour deux niveaux auxquels on ajoute un troisième ou un quatrième étage sans étude complémentaire. C’est extrêmement dangereux. »

Le rôle des contrôles techniques !

Les spécialistes estiment également que la sécurité d’un bâtiment dépend du suivi régulier du chantier.
« Une construction est une chaîne. Si un seul maillon est défaillant, l’ensemble peut être fragilisé. Même un béton de mauvaise qualité ou un fer non conforme peut compromettre la stabilité d’un immeuble. C’est pourquoi  il faut un contrôle responsable  en tenant compte du code de l’habitat du pays. Parce que je pense qu’il existe des articles qui parlent de permis de construction,  permis de démolition et permis de rénovation. Mais sur le terrain, c’est autre chose », explique l’architecte.

Pour lui, la lutte contre ce phénomène passe par un renforcement des contrôles administratifs, une meilleure application des textes réglementaires, mais aussi une sensibilisation des citoyens.
« Les permis de construire, de démolition et de rénovation ne doivent pas être considérés comme une simple formalité administrative. C’est un document qui protège les futurs occupants et garantit le respect des normes minimales de sécurité », souligne l’architecte.

L’annonce de futures démolitions par les autorités traduit une volonté de reprendre le contrôle d’un secteur stratégique. Reste désormais à savoir si les inspections annoncées permettront d’identifier les bâtiments à risque avant qu’un drame ne survienne.

Gassime Fofana

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