Pendant que ses propres ressources naturelles gigantesques, diverses et variées ont servi et servent encore au développement des autres Etats notamment ceux de l’Occident et de la Chine en particulier, l’Afrique peine toujours à progresser sur le plan économique. Le vieux continent, qui se distingue par ses réserves abondantes, riches et rares, reste caractérisé par une économie sous perfusion, peu compétitive et qui croule en plus sous le poids de la dette extérieure, des problèmes sanitaires, alimentaires, de logements, de sécurité et d’énormes défis en matière d’infrastructures de base et de politiques de développement adaptées au continent. Selon les prévisions d’Oxfam, en Afrique, ce sont 860 millions de personnes qui vivront avec moins d’1,9 dollars par jour d’ici la fin 2022.
Quelques entraves au développement du continent
Dans son analyse, le professeur d’Économie, Mory Mansaré, soutient que l’Afrique a besoin aujourd’hui de se passer de certaines politiques de développement et se tourner vers celles plus adaptées et inconditionnées. « La première des choses dont ce plus grand continent a besoin, c’est de se passer de la dette publique extérieure, qui est estimé en 2021, à 726,55 milliards de dollars US. Parce que de nombreux pays africains considèrent la dette extérieure comme une source capitale de revenus pour enfin augmenter leur croissance économique et assurer le développement. Mais en réalité, cette dette extérieure conditionnée, parfois avec de mesures très austères, a été et reste toujours d’ailleurs un instrument pour davantage maîtriser l’Afrique, contrôler son économie, mais aussi s’accaparer de ses produits de base sans de véritables partenariats, souvent source d’aggravation de la pauvreté dans plusieurs pays comme le cas de certains subsahariens. Et pire, ces capitaux externes, une fois obtenus, ne vont pas là où ils doivent aller. La plupart des dirigeants en font des patrimoines personnels. En plus, il faut revoir les accords ficelés avec les firmes multinationales, où l’essentiel des décisions se prennent ailleurs, et qui ne cessent de piller nos économies sur notre propre territoire. Enfin, il faut réduire les importations de produits finis. Une économie basée sur l’importation de produits manufacturés, est une économie ruinée. Donc il faut sortir de ce joug financier, économique, commercial et industriel d’abord », indique l’économiste, avant d’ajouter : « il faut également que les dirigeants africains initient leur propre stratégie de développement et sortent de ce principe « copier- coller » qui ne cesse de reculer l’Afrique directement ou indirectement par des instabilités économiques, politiques, sociales ou culturelles. »
Les défis économiques du continent
« Avec le besoin et les exigences du développement, il est important pour l’Afrique d’avoir son propre arsenal de développement. De ce fait, le capital humain reste la première locomotive. Il faut se passer de la formation généralisée à la formation spécialisée dès le secondaire. Il faut aussi octroyer des bourses aux élites nationales afin d’aller se former dans les grandes universités scientifiques, techniques et technologiques, parce que si on attend le partage de la science, on n’en aura pas car, le secret scientifique ne serait jamais transféré du nord vers l’Afrique. Il faut ensuite résoudre le déficit d’infrastructures. A ce niveau, on a un besoin considérable que la Banque africaine de développement évalue à 170 milliards de dollars par an jusqu’en 2025. Ce que veut dire statistiquement, on n’a même pas 5% d’investissement en infrastructures. Et sans ces infrastructures socio-économiques de base, toutes nos politiques de développement, qu’elles soient nationales, régionales ou continentales ne sauraient être efficaces … Les autorités doivent, par ailleurs, avoir la capacité d’augmenter les recettes internes. Pour cela, il faut la politique d’industrialisation par substitution aux exportations. Dans le temps, créer des normes internationales permettant à l’Afrique d’être aussi un grand exportateur de produits manufacturés de toutes sortes sur la scène mondiale que d’être seulement exportateur de produits de base et gros consommateur de produits finis. Cela va minimiser l’importation, maximiser les recettes et valoriser également la monnaie. En outre, nos dirigeants doivent pouvoir convertir les intérêts normaux en capital, procéder à un refinancement de la dette et mettre en place des politiques budgétaires susceptibles de les aider à atténuer leur dépendance vis-à-vis de la dette et leur surendettement. »
Gassime Fofana