La décision du ministère du Travail et de la Fonction publique de décréter férié ce mardi 11 novembre, à l’occasion du lancement officiel de l’exploitation du méga projet Simandou, divise profondément l’opinion publique. Entre ceux qui saluent un geste symbolique fort et ceux qui y voient une erreur stratégique dans un contexte de crise et de retard économique, les avis divergent.
Pour les partisans de la mesure, le choix du gouvernement est pleinement justifié. « Le Simandou, considéré comme le plus grand projet minier d’Afrique, symbolise l’espoir d’une transformation économique majeure. En rendant ce jour chômé, le gouvernement aurait voulu permettre à chaque citoyen de s’approprier cet événement historique, de célébrer ensemble une étape cruciale pour la souveraineté minière et le développement national », explique l’économiste Ibrahima Sory Diakité. Selon cet enseignant, la mise en valeur d’un tel projet mérite une célébration nationale, car il s’agit d’un tournant pour la Guinée, appelée à devenir un acteur clé sur le marché mondial du fer. Faire de cette journée un moment de communion populaire serait un moyen de raviver la fierté nationale et de renforcer la confiance du peuple dans l’avenir économique du pays.
Mais d’autres voix s’élèvent pour dénoncer une décision jugée inopportune. « Dans un pays encore marqué par le chômage, la pauvreté et des services publics fragiles, chaque journée de travail compte. Suspendre l’activité nationale pour une cérémonie, aussi symbolique soit-elle, est un luxe que la Guinée ne peut pas se permettre. L’enthousiasme autour du Simandou ne doit pas faire oublier l’urgence de la productivité et de la continuité administrative », regrette le professeur d’économie Ousmane Soumah. Pour ces critiques, la réussite du Simandou dépendra moins des discours et des festivités que de la rigueur du travail quotidien. Dans un pays en quête de décollage économique, chaque heure de production compte. Entre ferveur patriotique et impératif de développement, la controverse met ainsi en lumière un dilemme : faut-il célébrer le rêve du progrès, ou continuer à bâtir, sans interruption, les fondations qui le rendront réel ?
Gassime Fofana
