Bourses marocaines :  au-delà du tollé, des interrogations légitimes !

Ce le lundi 4 août 2025, lors d’une réunion de cabinet tenue au ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A), le ministre Jean-Paul Cedy est revenu sur la polémique suscitée par les bourses offertes par le Royaume du Maroc à l’intention des meilleurs bacheliers guinéens.

Si sa déclaration visait d’abord à éclaircir certains malentendus, elle a aussi mis en lumière un problème plus profond : les défis structurels de l’enseignement guinéen et la difficulté de l’État à accompagner son élite scolaire. « Les bourses proposées par le Maroc ne sont que des offres faites à la Guinée. Elles ne sont en aucun cas imposées. Chaque bénéficiaire est libre de les accepter ou de les refuser si elles ne correspondent pas à ses choix », a précisé le ministre Jean-Paul Cedy, selon une note publiée sur la page officielle du ministère.

Un choix, mais pas toujours une option

Cette déclaration, en apparence apaisante, révèle cependant un malaise pour certains acteurs de l’éducation. « nos boursiers se retrouvent face à un dilemme à chaque fois. Ils doivent accepter une bourse qui ne correspond pas à leurs aspirations, ou renoncer à une rare opportunité de poursuivre des études supérieures dans un cadre structuré », dit Ibrahima Sory Diakité,  professeur d’économie avant d’ajouter :  « et dans de nombreux cas, les étudiants admis aux bourses marocaines découvrent que les filières attribuées ne correspondent ni à leurs projets académiques, ni aux besoins prioritaires du pays. Ingénierie, médecine, technologie, sciences fondamentales : autant de secteurs cruciaux pour le développement national, mais souvent délaissés au profit de disciplines disponibles mais peu stratégiques »

Un symptôme d’un système sous tension ?

L’intervention du ministre soulève une question plus vaste : pourquoi l’État guinéen n’est-il pas en mesure d’accorder à ses meilleurs bacheliers des bourses qui répondent à leurs ambitions et aux priorités du pays ? Pour cet acteur, ce faible d’accompagnement traduirait  l’absence d’un système de planification stratégique des compétences nationales. « La Guinée forme chaque année des milliers de bacheliers, mais ne dispose ni d’une politique claire de sélection et d’orientation post-bac, ni d’un dispositif budgétaire adapté pour soutenir ses talents. Ce qui fait que  les meilleurs profils sont contraints d’accepter ce qui leur est offert ou de se débrouiller par eux-mêmes dans un contexte économique difficile »

Défi de la souveraineté académique

  Pour beaucoup d’analystes du secteur éducatif,  la dépendance vis-à-vis des bourses étrangères, qu’elles proviennent du Maroc, de la Russie, de la Chine ou d’ailleurs, révèle une vulnérabilité persistante du système de formation universitaire.

Gassime Fofana

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